Courrier du psychiatre au médecin du travail : modèle
Quand et comment le psychiatre écrit au médecin du travail (pré-reprise, reprise, temps partiel thérapeutique), ce qu'il peut écrire sans trahir le secret, modèle complet et exemple fictif.
Pays concernés : France
Le courrier du psychiatre au médecin du travail est une lettre remise au patient, qui décrit ce qu'il peut faire et ce qui l'aiderait au travail, pour préparer sa reprise ou son maintien dans l'emploi, sans livrer le contenu du suivi psychiatrique. Le médecin du travail reste seul à se prononcer sur l'aptitude, l'inaptitude et les aménagements à proposer.
Pourquoi ce n'est pas un courrier au médecin traitant
Avec le médecin traitant, vous échangez au sein de l'équipe de soins et pouvez transmettre diagnostic, traitement et posologies (voir notre modèle de courrier au médecin traitant). Avec le médecin du travail, la logique s'inverse. Il conseille l'employeur et rend des avis qui ont des effets sur le contrat de travail. La HAS le dit dans sa recommandation de 2019 sur le maintien en emploi : « l’équipe de santé au travail ainsi que l’ensemble des acteurs du MEE ne forment pas une équipe de soin ».
S'applique donc le III de l'article L1110-4 du Code de la santé publique : le partage d'informations entre professionnels qui ne font pas partie de la même équipe de soins « requiert son consentement préalable, recueilli par tout moyen ». Le IV ajoute que la personne peut s'opposer à ce partage à tout moment. En pratique, le patient choisit si le courrier existe, ce qu'il contient et s'il le remet.
Quand écrire au médecin du travail (règles 2026)
La réforme de 2022 a avancé l'intervention du médecin du travail, et un décret de juin 2026 a modifié la visite de reprise.
- Rendez-vous de liaison (dès 30 jours d'arrêt). Il associe l'employeur, le salarié et le service de prévention et de santé au travail pour informer le salarié des mesures de maintien en emploi (article L1226-1-3 et article D1226-8-1). Ce n'est pas un examen médical, votre courrier n'y a pas sa place. Le patient peut le refuser : « Aucune conséquence ne peut être tirée du refus par le salarié de se rendre à ce rendez-vous. »
- Visite de pré-reprise (arrêt de plus de 30 jours). « En vue de favoriser le maintien dans l'emploi, les travailleurs en arrêt de travail d'une durée de plus de trente jours peuvent bénéficier d'une visite de préreprise » (article R4624-29 du Code du travail). C'est le meilleur moment pour votre courrier : l'arrêt est en cours, rien n'est décidé, et le médecin du travail peut recommander des aménagements du poste, un reclassement ou des formations (article R4624-30). Le même article prévoit que l'employeur est informé de l'organisation de cet examen, sauf si le salarié s'y oppose : utile à savoir pour un patient attaché à la discrétion.
- Visite de reprise. Elle est due notamment « après une absence d'au moins soixante jours pour cause de maladie ou d'accident non professionnel », le jour de la reprise et au plus tard dans les huit jours (article R4624-31). Depuis le décret n° 2026-503 du 12 juin 2026, pour les arrêts délivrés depuis le 15 juin 2026, elle n'est plus requise si une pré-reprise a eu lieu dans les 30 jours précédant la reprise et que le médecin du travail a conclu qu'aucun aménagement n'était nécessaire, sauf si le salarié, l'employeur ou le médecin du travail la demande (fiche Service public, mise à jour le 31 août 2026). Conséquence pour vous : si un aménagement compte pour votre patient, dites-le dès la pré-reprise.
- Visite à la demande du salarié, en dehors de tout arrêt. Le salarié peut la demander lorsqu'il anticipe un risque d'inaptitude, et « La demande du travailleur ne peut motiver aucune sanction. » (article R4624-34). Utile pour un patient qui tient à son poste mais s'épuise.
Un point souvent ignoré : la pré-reprise est « organisé[e] à l'initiative du travailleur, du médecin traitant, des services médicaux de l'assurance maladie ou du médecin du travail » (article L4624-2-4). Si vous n'êtes pas le médecin traitant, vous ne figurez pas dans cette liste. Nous conseillons de proposer au patient de la demander lui-même au service de santé au travail, ou de passer par son médecin traitant.
Pour le temps partiel thérapeutique, ameli indique qu'il est prescrit par le médecin traitant, de 20 % à 80 % du temps de travail, et que son organisation se discute avec l'employeur et le médecin du travail. Votre courrier peut argumenter la quotité et la progression.
Ce que le psychiatre écrit, ce qu'il n'écrit pas
Le médecin du travail n'a pas besoin du diagnostic pour agir. Il a besoin de savoir ce que le salarié peut faire, ce qu'il doit éviter pour un temps et ce qui facilitera le retour. C'est aussi ce qu'il pourra traduire pour l'employeur, puisqu'il ne doit jamais appuyer ses avis sur des informations médicales (La Revue du Praticien, 2018).
À écrire
- Les capacités actuelles, en termes de tâches : concentration sur des tâches longues, tolérance aux interruptions, aux délais serrés, au contact avec le public.
- Les limites temporaires, avec une date de réévaluation : pas de travail de nuit, pas d'astreinte, pas de management d'équipe pendant un temps.
- Les propositions d'aménagement : temps partiel thérapeutique et sa progression, horaires fixes, télétravail partiel, périmètre réduit, point d'étape à quatre ou six semaines.
- Un éventuel effet du traitement sur la vigilance, s'il concerne la sécurité du poste (conduite, machines), sans nommer la molécule.
À ne pas écrire
- Le diagnostic détaillé, les antécédents, les hospitalisations, le traitement et les posologies. Si le patient souhaite qu'un terme général figure (par exemple « trouble anxieux »), notez-le dans le dossier.
- Le récit du conflit, le nom d'un manager ou d'un collègue, et toute qualification juridique comme « harcèlement moral ».
- Un lien affirmé entre les troubles et le travail. Le commentaire de l'Ordre sur l'article 76 est net : « le médecin doit se garder d’attribuer la responsabilité des troubles de santé, physiques ou psychiques, constatés, au conflit conjugal, familial (article 51) ou professionnel dont le patient lui a fait part. » Si un élément vient du patient, écrivez-le comme tel (« M. X rapporte… »).
- Un avis d'aptitude ou d'inaptitude. C'est le médecin du travail qui déclare un salarié inapte, après étude de poste et échange avec le salarié et l'employeur (article L4624-4). Écrivez plutôt « une reprise sur le poste antérieur sans aménagement me paraît prématurée ».
Modèle complet à copier
Remplacez les éléments entre crochets. Supprimez toute rubrique qui ne sert pas ce patient.
En-tête
Dr [Prénom Nom], psychiatre. [Adresse du cabinet]. [Téléphone, messagerie sécurisée de santé]. RPPS [numéro].
À l'attention du Dr [Nom], médecin du travail, [service de prévention et de santé au travail].
[Ville], le [date].
Objet : [Prénom Nom du patient], né(e) le [date]. Préparation de la [visite de pré-reprise / visite de reprise / visite à la demande du salarié].
Corps du courrier
Cher confrère, chère consœur,
Je suis [M. / Mme X] en consultation depuis [mois, année]. Ce courrier est rédigé à sa demande, avec son accord sur son contenu, et lui est remis en main propre afin qu'il vous le transmette s'il le souhaite.
Son état de santé a justifié un arrêt de travail depuis le [date]. L'évolution est [favorable / partiellement favorable] et une reprise me paraît envisageable à partir du [date ou période], sous réserve de votre appréciation.
À ce jour, je constate en consultation : [capacités conservées, par exemple tâches structurées, travail en petite équipe] ; et des difficultés persistantes pour [tâches longues sans pause, interruptions fréquentes, délais très courts, gestion de conflits, contact avec le public].
Pour favoriser une reprise durable, les aménagements suivants me sembleraient utiles, si l'organisation le permet :
- [reprise en temps partiel thérapeutique à X %, avec progression sur Y semaines] ;
- [horaires fixes, pas de travail de nuit ni d'astreinte pendant Z mois] ;
- [périmètre de tâches réduit au début, sans management d'équipe] ;
- [un point d'étape avec vous à quatre ou six semaines].
[Si utile pour la sécurité du poste : le traitement en cours peut diminuer la vigilance en début de journée, ce qui mérite votre attention pour la conduite de véhicules.]
Je reste à votre disposition pour en parler, avec l'accord de [M. / Mme X].
Bien confraternellement,
Dr [Nom], signature.
Mention sur l'enveloppe : Confidentiel. Pour le Dr [Nom], médecin du travail. Remis au patient.
Variante courte, pour soutenir une demande de pré-reprise
Cher confrère, chère consœur, je suis [M. / Mme X] depuis [date]. À sa demande, je vous signale qu'une visite de pré-reprise me paraît utile pour préparer son retour, prévu vers le [date]. Une reprise progressive, avec [aménagement principal], favoriserait à mon avis un retour durable. Ce courrier lui est remis en main propre. Je reste disponible pour échanger avec son accord. Bien confraternellement, Dr [Nom].
Exemple fictif rempli
Cas fictif : Claire L., 41 ans, cheffe de projet dans une société de services, en arrêt depuis quatre mois pour un épisode dépressif survenu après une longue période de surcharge. Elle souhaite revenir, mais redoute les réunions en chaîne et les sollicitations permanentes. Elle accepte le courrier mais refuse que le diagnostic y figure.
Le courrier du Dr Paul Martin (fictif) au Dr Durand, médecin du travail, pour la pré-reprise :
- Évolution : suivi depuis février, arrêt depuis le 3 juin, reprise envisageable début octobre sous réserve de l'appréciation du médecin du travail.
- Constats : bonne capacité pour les tâches structurées et le travail en petit groupe ; difficultés persistantes pour soutenir l'attention longtemps et gérer des interruptions fréquentes. Mme L. rapporte une fatigue marquée en fin de journée les semaines chargées.
- Aménagements proposés : temps partiel thérapeutique à 50 %, puis 80 % après un mois si l'évolution le permet ; deux jours de télétravail par semaine ; un seul projet au début, sans encadrement d'équipe ; un point à six semaines.
Ce qui ne figure pas, volontairement : le diagnostic, le traitement, le nom de son manager, et toute phrase sur la cause de l'épisode.
Erreurs fréquentes
- Recopier le courrier au médecin traitant, avec diagnostic, antécédents et posologies. Ces mots peuvent circuler plus loin que prévu.
- Écrire « burn-out dû au management de M. Y » ou « harcèlement ». Un courrier entre confrères fait partie du dossier, le patient peut l'obtenir et le produire aux prud'hommes. En 2019, Le Quotidien du Médecin rapportait le cas d'un psychiatre qui, dans une lettre au médecin traitant d'un salarié licencié pour inaptitude, reliait le stress au travail à des pics de tension : faute d'avoir constaté ce lien lui-même, il s'exposait à des poursuites devant l'Ordre.
- Affirmer ce qui n'est que probable, par exemple une date de reprise ferme. Le commentaire de l'article 76 rappelle que le médecin « ne doit pas affirmer ce qui n'est que probable ». Donnez une période et un point d'étape.
- Adresser une copie à l'employeur ou aux ressources humaines. Nous le déconseillons, même à la demande du salarié : c'est au médecin du travail de traduire vos propositions sans données médicales.
- Ne pas garder de trace de l'accord du patient et de la version remise. Aucun texte n'exige un consentement écrit, mais la note au dossier vous servira en cas de contestation.
Liste de vérification avant de remettre le courrier
- Le patient a demandé ou accepté ce courrier, l'a lu avec vous, et c'est noté au dossier.
- Aucun diagnostic, traitement ni antécédent sans son souhait explicite.
- Aucune mise en cause de l'employeur ou d'un collègue, et les propos du patient lui sont attribués.
- Capacités et limites décrites en termes de tâches, chaque aménagement avec une date de réévaluation.
- Aucun avis d'aptitude ou d'inaptitude.
- Courrier daté, signé, remis sous pli confidentiel, copie au dossier.
Pourquoi Delta est fait pour ce courrier
Delta est l'assistant clinique qui garde la mémoire de chaque patient : la synthèse du suivi et son évolution sont au même endroit, ce qui permet de décrire des capacités actuelles à partir de séances réelles (et de vos comptes rendus de consultation), pas de souvenirs. Il rédige le courrier dans votre vocabulaire et votre structure, vous relisez et retirez ce qui ne doit pas sortir du cabinet. Les données sont hébergées en France chez un hébergeur certifié HDS, le nom du patient est pseudonymisé avant l'IA. Voir aussi notre page logiciel pour psychiatre et nos modèles de documents cliniques, dont le cadre du certificat médical.
Puis-je envoyer mon courrier directement au médecin du travail ?
Avec l'accord préalable du patient, le partage hors équipe de soins est possible (article L1110-4, III). Nous conseillons pourtant de remettre le courrier au patient, sous pli : il garde la main sur ce qui arrive au service de santé au travail, et vous évitez toute discussion sur la réalité de son accord. Notez cet accord au dossier.
Dois-je donner le diagnostic au médecin du travail ?
Non. Le médecin du travail peut proposer des aménagements sans le connaître. Si le patient souhaite qu'un terme général figure, respectez son choix et notez-le au dossier.
Le médecin du travail me demande si mon patient est apte, que répondre ?
L'aptitude et l'inaptitude relèvent du médecin du travail (articles R4624-32 et L4624-4 du Code du travail). Répondez par vos constats et vos propositions (« une reprise progressive avec tel aménagement me paraît adaptée »), via le patient. S'il ne veut pas que son suivi psychiatrique soit connu, il peut ne pas transmettre votre courrier.
Puis-je demander moi-même une visite de pré-reprise ?
Pas si vous n'êtes que le psychiatre : l'article L4624-2-4 réserve l'initiative au travailleur, au médecin traitant, aux services médicaux de l'assurance maladie et au médecin du travail. Proposez au patient de la demander lui-même, dès que l'arrêt dépasse 30 jours.
Puis-je écrire que la dépression est liée au travail ?
Évitez de l'affirmer. Le commentaire de l'Ordre sur l'article 76 demande de ne pas attribuer les troubles constatés au conflit professionnel rapporté par le patient. Décrivez ce que vous constatez et attribuez au patient ce qu'il rapporte.
Sources
- Code de la santé publique, article L1110-4, Légifrance, version en vigueur depuis le 4 août 2021.
- Code du travail, articles R4624-29, R4624-30, R4624-31 et L4624-2-4, Code du travail numérique, ministère du Travail, et fiche « visite médicale après un arrêt de travail » mise à jour le 31 août 2026.
- Conseil national de l’Ordre des médecins, article 76 et commentaire (mise à jour février 2024) et article 4 sur le secret professionnel.
- HAS, Santé et maintien en emploi, recommandation publiée le 15 février 2019.
- Touïl L., Manaouil C., Avec qui et comment le médecin du travail doit communiquer, La Revue du Praticien, avril 2018.
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