Note de séance de remédiation cognitive : modèle complet et exemple
Ce que doit contenir une note de séance de remédiation cognitive, un modèle prêt à copier, un modèle de bilan d'étape, un exemple rempli et une liste de vérification.
Pays concernés : Belgique, Suisse, France
Une note de séance de remédiation cognitive est l'écrit court, rédigé après chaque séance, qui relie ce qui a été travaillé (fonction, exercice, niveau, stratégie) aux objectifs fonctionnels fixés à partir du bilan neuropsychologique et du projet du patient. C'est elle qui permet, au bilan d'étape puis au bilan de fin de programme, de montrer ce qui a changé dans la vie quotidienne et pas seulement dans les exercices.
Pourquoi la note de séance compte autant en remédiation cognitive
Le support de formation du Centre ressource de réhabilitation psychosociale décrit six étapes : évaluation clinique et cognitive, évaluation des répercussions fonctionnelles, définition d'objectifs, remédiation cognitive (papier-crayon ou informatisée), tâches à domicile, bilan. Sans note de séance, le bilan de fin compare deux séries de tests et ne dit rien du chemin parcouru.
Elle vous sert à ajuster le niveau d'une séance à l'autre, et sert à l'équipe (psychiatre, infirmier, ergothérapeute) pour savoir quoi soutenir au quotidien. Le même support rappelle que les programmes visent aussi à diminuer la gêne fonctionnelle : repas, déplacements, entretien du logement, démarches administratives, loisirs, relations sociales. C'est là que la note doit regarder.
Si vous partez de zéro, commencez par le compte rendu du bilan initial : notre modèle de compte rendu de bilan neuropsychologique donne la base sur laquelle s'appuient les objectifs.
Ce que doit contenir une note de séance de remédiation cognitive
1. L'objectif fonctionnel visé
Écrivez le numéro et l'intitulé de l'objectif tel qu'il a été formulé avec le patient (« O2 : préparer seul la liste de courses de la semaine »). Un objectif de remédiation n'a pas besoin d'être cognitif. Un article de Psychiatric Times (2011, non signé, qui cite notamment Medalia et coll.) le dit : « Goals do not need to be cognitive ». Il donne comme exemple le fait de comprendre les consignes de traitement de son médecin.
2. La fonction travaillée et le lien avec le bilan
Nommez la fonction (attention soutenue, flexibilité, mémoire de travail, planification, reconnaissance des émotions, théorie de l'esprit…) et rappelez en une ligne ce que le bilan initial avait montré. Ce rappel évite les exercices qui plaisent mais ne servent pas l'objectif.
3. Les exercices, le module et le niveau
Module, nom ou numéro de l'exercice, niveau, modification apportée (voir la FAQ pour les programmes manualisés). Pour un exercice libre, une phrase suffit.
4. La performance observée et le niveau d'aide
Ce que vous avez vu, pas un jugement global : type d'erreurs, temps nécessaire, autocorrections, et surtout le niveau d'aide apporté : autonome, rappel verbal, guidage pas à pas, démonstration. C'est l'indicateur le plus parlant d'une séance à l'autre.
5. Les stratégies et les aides
Les techniques citées par le Centre ressource (d'après Wykes et al., 2007) donnent un bon vocabulaire commun : guidage verbal, réduction de l'information, division de la tâche, notes de rappel, répétition, regroupement d'informations, planification des étapes. Notez la stratégie proposée, celle que le patient a réellement utilisée, et les aides externes (agenda, alarmes, liste, fiche mémo).
6. La métacognition
Ce que le patient dit de sa façon de faire : ce qui a marché, ce qui l'a gêné, son estimation avant l'exercice et son regard après. Une phrase entre guillemets vaut mieux qu'une interprétation.
7. Le transfert dans la vie quotidienne
Situation réelle choisie, puis ce qui s'est passé (voir la FAQ). Le même article de Psychiatric Times rappelle que la remédiation gagne à être associée à un programme de réhabilitation psychosociale, sans quoi les gains se transfèrent et se maintiennent mal dans la vie réelle.
8 et 9. Observations et suite
Fatigue, motivation, événements qui pèsent sur la séance, en restant factuel. Puis la tâche à domicile, concrète et datée, et la décision pour la prochaine séance.
Les programmes : ce que disent les sources
Le support du Centre ressource de réhabilitation psychosociale classe les principaux programmes francophones en deux familles.
- Neurocognition : CRT (Delahunty et Morice, 1989 ; Amado et al., 2008), RECOS (Vianin, 2013), Cognitus et Moi (Demily et al., 2016), NEAR (Medalia, 2002).
- Cognition sociale : Gaïa (Gaudelus et al., 2016), RC2S (Peyroux et Franck, 2014), SCIT (Penn et Roberts, 2009), ToMRemed (Bazin et al., 2010), IPT (Brenner et al., 1992), MCT (Moritz et al., 2010).
- Durée générale : selon ce même support, les programmes durent « quelques mois, à raison d'1 à 2 séances par semaine + TAD » (tâches à domicile).
- CRT au CHU de Tours : selon la plaquette du service, programme individuel d'exercices papier-crayon sur 4 mois, à raison de deux séances d'une heure par semaine : 8 séances de flexibilité, 16 de mémoire et 16 de planification (soit 40), avec un bilan neuropsychologique initial et un autre à l'issue de la prise en charge.
- NEAR (groupe présenté par le Centre ressource) : groupe fermé de 6 à 8 participants, deux séances de deux heures par semaine, environ 31 séances sur environ 4 mois, avec un bilan neurocognitif et un entretien individuel avant et après le groupe.
- CIRCuiTS : programme informatisé qui, selon le Centre ressource, mise sur le développement de la métacognition, avec des activités dans un village virtuel.
Pour la note, adaptez seulement la rubrique « exercices » au programme. Le reste du modèle ne change pas, ce qui rend les notes comparables si vous utilisez plusieurs programmes.
Modèle de note de séance de remédiation cognitive (à copier)
En-tête
- Patient : initiales ou identifiant interne
- Date, séance n° : … / nombre prévu …
- Programme et module : … (ou « programme individualisé »)
- Format : individuel / groupe ; papier-crayon / informatisé ; durée …
- Praticien : nom, titre
1. Objectif(s) fonctionnel(s) de la séance
- O… : intitulé tel que formulé avec le patient
- Rappel du bilan initial (une ligne) : …
2. Retour sur la tâche entre séances
- Tâche prévue : …
- Réalisée : oui / en partie / non. Ce que le patient en dit : « … »
- Obstacle rencontré : …
3. Fonction travaillée et exercices
- Fonction : …
- Exercice 1 : nom ou numéro, niveau, modification apportée
- Exercice 2 : …
4. Performance observée
- Réussites et type d'erreurs : …
- Niveau d'aide : autonome / rappel verbal / guidage pas à pas / démonstration
- Évolution par rapport à la séance précédente : …
5. Stratégies et aides
- Stratégie proposée : …
- Stratégie utilisée spontanément : …
- Aides externes : …
6. Métacognition
- Prédiction du patient avant l'exercice : …
- Son analyse après : « … »
7. Transfert prévu dans la vie quotidienne
- Situation réelle : où, quand, avec qui
- Lien avec l'objectif O… : …
8. Observations
- Fatigue, motivation, état du jour : …
- À transmettre à l'équipe (avec l'accord du patient) : …
9. Tâche entre séances et suite
- Tâche : …, à faire le …
- Prochaine séance : maintenir / augmenter le niveau / changer de stratégie, parce que …
Modèle court de bilan d'étape ou de fin de programme
Il reprend les notes de séance et renvoie au bilan neuropsychologique de fin, qui reste un document à part.
- Cadre : programme, dates, nombre de séances prévues et réalisées, absences
- Rappel du bilan initial : points forts, difficultés, retentissement au quotidien (trois à cinq lignes)
- Objectifs fonctionnels : pour chaque objectif, situation de départ, situation actuelle décrite par le patient et l'entourage, atteint / en partie / non atteint
- Évolution en séance : niveaux atteints, baisse du niveau d'aide, stratégies acquises
- Transfert : situations de la vie réelle où la stratégie est utilisée sans rappel
- Métacognition : ce que le patient sait désormais de son fonctionnement
- Résultats du bilan de fin : renvoi au compte rendu neuropsychologique, sans le recopier
- Propositions : poursuite, autre programme, relais vers l'équipe, aides à garder
- Restitution : date de la restitution au patient et destinataires du document, avec son accord
- Pied de document : date, nom, titre, numéro d'inscription, coordonnées professionnelles, signature, destinataire et objet (article 18 du Code de déontologie des psychologues)
Exemple fictif entièrement rempli
Cas inventé, sans lien avec une personne réelle.
- Patient : M. L., 34 ans, identifiant 0412
- Date, séance n° : 6 novembre, séance 14 sur 40
- Programme et module : CRT, module planification
- Format : individuel, papier-crayon, 1 heure
- Objectif : O2, « faire mes courses de la semaine avec une liste, sans oublier l'essentiel et sans repasser deux fois dans le magasin »
- Rappel du bilan initial : planification lente, tendance à commencer sans plan, bonne mémoire visuelle
- Retour sur la tâche : liste faite pour les courses de samedi, réalisée en partie. « J'ai fait la liste mais dans le désordre, j'ai dû revenir au rayon frais. »
- Exercices : planification de trajet sur plan (niveau 3, plan simplifié réduit à 8 lieux) ; tri de 20 articles en catégories
- Performance observée : trajet correct au deuxième essai ; une erreur d'ordre au premier, corrigée seul après relecture ; tri fait sans aide, plus rapide qu'en séance 12
- Niveau d'aide : un rappel verbal (« regardez le plan entier avant de commencer »), puis autonome
- Stratégies : proposée, « planifier les étapes avant d'agir » et regrouper les articles par rayon ; utilisée spontanément pour le tri, pas encore pour le trajet
- Métacognition : avant, « je vais y arriver vite » ; après, « quand je pars trop vite, je me trompe, la relecture m'aide »
- Transfert prévu : liste de samedi rangée dans l'ordre des rayons du magasin habituel, d'après le plan dessiné ensemble
- Observations : un peu fatigué en fin de séance, motivation bonne. À transmettre à l'infirmière référente (accord donné) : soutenir la liste par rayons
- Tâche entre séances : liste par rayons avant samedi, noter si un retour en arrière a été nécessaire
- Prochaine séance : garder le niveau 3 pour le trajet, passer au niveau 4 pour le tri ; faire le point sur samedi
Les erreurs fréquentes
- Noter l'exercice sans l'objectif : six mois plus tard, personne ne sait pourquoi cet exercice a été choisi.
- Écrire « bonne séance » ou « en progrès » : préférez le niveau d'aide et le type d'erreur, qui se comparent d'une séance à l'autre.
- Oublier le retour sur la tâche à domicile : c'est la première trace du transfert, et la plus souvent absente.
- Interpréter à la place de citer : une phrase du patient sur sa façon de faire dit plus que « bonne prise de conscience ».
- Tout transmettre à l'équipe : seul le strictement nécessaire (voir la FAQ).
- Promettre des effets : écrivez ce qui a été observé, pas ce que le programme est censé produire.
Liste de vérification avant de clore la note
- L'objectif fonctionnel est nommé et numéroté.
- Le module, l'exercice et le niveau sont identifiables.
- Le niveau d'aide est noté.
- La stratégie utilisée (et pas seulement proposée) est décrite.
- Une phrase du patient sur sa façon de faire figure dans la note.
- La tâche entre séances est concrète, datée et reliée à l'objectif.
- La décision pour la prochaine séance est écrite, avec sa raison.
- Ce qui sera transmis à l'équipe est limité au nécessaire et le patient en est informé.
- La note est datée et porte votre nom (nous le conseillons pour toute note).
Secret, dossier et conservation
En France, le neuropsychologue est psychologue. Le Code de déontologie des psychologues (version 2021) rappelle que le secret professionnel couvre tout ce dont le psychologue a connaissance dans l'exercice de sa profession (article 7, dans les limites prévues par le code pénal), et que le psychologue recueille, traite, classe et archive ses notes et les données de son activité de manière à préserver la vie privée et le secret (article 23). L'article 18 liste les mentions des documents qui émanent du psychologue (reprises dans le pied du modèle de bilan d'étape ci-dessus) : appliquez-les à tout bilan ou compte rendu que vous transmettez.
Pour la durée de conservation, les règles dépendent du lieu d'exercice (établissement de santé ou libéral). Nous conseillons de fixer une durée écrite pour votre cabinet et de la vérifier : notre page sur la durée de conservation du dossier patient fait le point. En Belgique et en Suisse, nous conseillons de vérifier les règles de votre commission ou fédération professionnelle et de votre canton.
Pourquoi Delta est fait pour la remédiation cognitive
Dans les deux programmes cités plus haut, cela fait 31 à 40 notes pour un même patient, qui n'ont de sens que lues ensemble. Delta est l'assistant clinique qui garde la mémoire de chaque patient. Il transcrit ce qui se dit en séance, ou vous dictez vos observations après. Il génère le compte rendu (résumé court, résumé détaillé, sujets pour la prochaine séance) et met à jour le dossier avec la synthèse du suivi et les objectifs suivis: au bilan d'étape, l'évolution de chaque objectif est au même endroit.
Delta rédige aussi vos bilans et courriers dans votre vocabulaire et votre structure, appris de vos bilans existants. Il ne cote pas les tests et ne calcule aucun score : ces résultats restent les vôtres. Les données sont hébergées en France chez un hébergeur certifié HDS, le nom du patient est pseudonymisé avant l'IA et aucun fichier audio n'est conservé. Pour aller plus loin, voyez ce qu'est Delta, Delta pour les neuropsychologues, notre guide de l'IA en neuropsychologie, le choix d'un logiciel pour neuropsychologue et nos autres modèles de documents cliniques.
Comment formuler un objectif de remédiation cognitive qui ne soit pas un score de test ?
Partez d'une situation de la vie du patient, formulée avec ses mots, puis précisez comment vous saurez qu'elle a changé (« prendre le bon bus pour le travail sans appeler un proche »). Les tests du bilan de fin viennent en complément, pas à la place.
Faut-il recopier l'exercice dans la note quand on suit un programme comme CRT ou RECOS ?
Non. Notez le module, le nom ou le numéro de l'exercice, le niveau et ce que vous avez modifié. Gardez l'espace pour ce que le manuel ne dit pas : niveau d'aide, stratégie utilisée, phrase du patient, transfert prévu.
Comment documenter le transfert dans la vie quotidienne ?
En deux temps. À la fin de la séance, notez la situation réelle choisie (où, quand, avec qui) et la stratégie à y essayer. Au début de la séance suivante, notez ce qui s'est passé, avec les mots du patient. Au bilan d'étape, ces paires montrent le transfert mieux qu'un résumé général.
Quelle différence entre note de séance, bilan d'étape et bilan neuropsychologique de fin ?
La note de séance trace une séance. Le bilan d'étape synthétise les notes et fait le point sur chaque objectif fonctionnel. Le bilan neuropsychologique de fin repose sur une nouvelle évaluation, comparée au bilan initial, et fait l'objet de son propre compte rendu.
Que puis-je transmettre à l'équipe soignante ?
Ce qui l'aide à soutenir le patient au quotidien : l'objectif, la stratégie à encourager, l'aide externe à garder. Le Code de déontologie des psychologues (article 8) limite le partage aux informations strictement nécessaires à la finalité professionnelle. Le même article demande de s'efforcer, selon le contexte, d'informer au préalable les personnes concernées de ces échanges. Nous conseillons de noter cette information et l'accord du patient.
Sources
- Centre ressource de réhabilitation psychosociale, « Remédiation cognitive : outils », support d'e-learning (S.-L. Farhat, C. Duboc), consulté le 01/11/2026.
- CHU de Tours, plaquette du programme CRT, Espace de jour La Chevalerie (édition février 2021).
- Centre ressource de réhabilitation psychosociale, présentation du groupe NEAR.
- Code de déontologie des psychologues, version 2021 (articles 7, 8, 18, 23).
- Psychiatric Times, « Guidelines for Developing a Cognitive Remediation Program for Patients With Schizophrenia », vol. 28 n°3, mars 2011 (non signé).
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