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Note de séance d'entretien motivationnel : modèle et exemple

Ce qu'on note en entretien motivationnel : les quatre processus, discours-changement et discours-maintien, échelles d'importance et de confiance, plan du patient. Modèle à copier et exemple sur deux séances.

Pays concernés : Belgique, Suisse, France, Royaume-Uni, Irlande

La note de séance d'entretien motivationnel (EM) est la trace écrite d'un entretien mené selon la méthode de Miller et Rollnick : le processus travaillé (engagement, focalisation, évocation, planification), les mots du patient pour et contre le changement, ses réponses aux échelles d'importance et de confiance, et le plan qu'il a lui-même formulé.

Pourquoi l'EM demande une note à part

La HAS définit l'EM comme « une méthode de communication clinique » centrée sur la personne, qui vise à résoudre l'ambivalence. Elle précise qu'il « prend place au sein d'une consultation de santé et nécessite un temps de 20 à 30 minutes » (fiche HAS Entretien motivationnel). Il se glisse donc souvent dans une séance plus large.

Une note classique (SOAP, DAP, note TCC) décrit le problème et les interventions, pas la langue du patient. Le MINT, réseau international des formateurs, le dit dans sa définition : l'EM est un style de communication « with particular attention to the language of change » (MINT). Sans ces mots, vous ne pouvez plus montrer qu'un patient est passé de « il faudrait » à « je vais ».

Cet article porte sur la note d'EM elle-même, quelle que soit la cible (tabac, alcool, observance, activité physique). Pour la mesure des consommations, les unités et les repères, voyez nos notes de séance en addictologie et le compte rendu de première consultation en addictologie.

Ce qu'on note dans chacun des quatre processus

Miller et Rollnick décrivent l'EM en quatre processus. La HAS les nomme engagement, focalisation, évocation et planification, et rappelle qu'« ils sont interdépendants et se superposent au fil de l'accompagnement de la personne ». Une séance n'en couvre souvent qu'un ou deux. Notez celui qui a dominé, sans forcer les quatre rubriques.

Engagement

C'est la relation de travail. Notez ce qui l'a renforcée ou fragilisée : une réticence au début, une valorisation qui a porté, un sujet que le patient ne voulait pas aborder.

Focalisation

C'est le choix de la cible. Notez la cible retenue et qui l'a proposée. Si le patient est venu pour son stress et que vous avez convenu ensemble de parler du tabac, notez son accord.

Évocation

C'est le temps où le patient formule ses propres raisons. La note relève les phrases de discours-changement, classées si vous le souhaitez selon les catégories de Miller et Rollnick : désir (« je voudrais »), capacité (« je pourrais »), raisons (« ça me ferait gagner »), besoin (« il faut que »), puis engagement (« je vais »), activation (« je suis prêt à ») et premiers pas (« j'ai déjà acheté… »). La HAS regroupe ces signes en envie (« vouloir, aimer et souhaiter »), confiance (« je peux », « je pourrais si ») et disposition (« devoir, falloir, avoir besoin »). Relevez aussi le discours-maintien, avec la même précision.

Planification

C'est le « comment ». Le MINT le présente comme le temps où le praticien aide la personne à consolider son engagement, et le décrit comme optionnel. Notez le plan seulement s'il vient du patient : quoi, quand, avec quel soutien, et ce qu'il fera en cas de difficulté. S'il n'y a pas de plan, écrivez « pas de planification ce jour », c'est une information clinique, pas un échec.

Discours-changement, discours-maintien et échelles

Relever les mots exacts

Nous conseillons deux à quatre citations par séance, entre guillemets, au moins une de chaque côté. Choisissez les plus fortes et les plus nouvelles. Une phrase comme « je n'ai jamais réussi à tenir plus de trois jours » dit mieux qu'un paragraphe où se situe le frein.

Ajoutez une ligne sur la tendance de la séance (par exemple « maintien dominant au début, changement majoritaire après le résumé »).

Les échelles d'importance et de confiance

Ces deux questions viennent de Miller et Rollnick. Le patient se situe de 0 à 10, vous notez le chiffre. Ce n'est pas un score de test, c'est un point de départ pour la conversation. Pour que la note serve, il faut trois éléments.

  • La question exacte, toujours la même d'une séance à l'autre. Par exemple « Sur une échelle de 0 à 10, à quel point est-ce important pour vous d'arrêter de fumer ? » et « Si vous décidiez d'arrêter, à quel point seriez-vous confiant de réussir ? »
  • Le chiffre donné par le patient, jamais votre estimation.
  • La raison, recueillie par la relance classique « Pourquoi 6 et pas 3 ? » (qui fait émerger du discours-changement) et éventuellement « Que faudrait-il pour passer à 7 ? ». Notez la réponse avec ses mots.

Une importance haute avec une confiance basse oriente vers le travail sur la capacité (expériences passées, soutiens). Une importance basse invite à rester en évocation et à ne pas planifier trop tôt.

L'ambivalence et la balance décisionnelle

Notez l'ambivalence telle que le patient la formule, avec ses deux côtés. La HAS rappelle que « la balance décisionnelle peut être utilisée mais avec prudence », car elle « peut indirectement favoriser le discours de maintien ». Si vous l'avez utilisée, indiquez-le et notez ce que le patient a mis de chaque côté, sans pondérer à sa place.

Et les stades de Prochaska ?

La HAS précise que le modèle transthéorique (de la précontemplation à la rechute) n'en fait pas partie, même s'il est né à la même période. Si vous notez un stade, dites ce qui vous y fait penser.

Modèle de note de séance d'entretien motivationnel à copier

En-tête

  • Patient (initiales ou identifiant), date, séance n°, durée de la partie EM.
  • Cadre (suivi psychothérapeutique, addictologie, éducation thérapeutique), qui a adressé le patient.

Cible du changement

  • Comportement visé, formulé avec les mots du patient.
  • Qui a proposé la cible et accord du patient (oui, à revoir).

Processus dominant de la séance

  • Engagement, focalisation, évocation ou planification (un ou deux).

Engagement et alliance

  • Ce qui a aidé, ce qui a fragilisé la relation, réaction du patient.

Discours-changement relevé (citations entre guillemets)

  • Désir, capacité, raisons, besoin.
  • Engagement, activation, premiers pas.

Discours-maintien relevé (citations entre guillemets)

  • Raisons de garder le comportement, obstacles nommés, doutes sur sa capacité.

Tendance de la séance

  • Une ligne sur l'évolution entre début et fin.

Échelles

  • Importance (question exacte) : chiffre, raison donnée, chiffre précédent.
  • Confiance (question exacte) : chiffre, raison donnée, chiffre précédent.
  • Ce qui ferait monter d'un point, selon le patient.

Ambivalence

  • Les deux côtés, dans les termes du patient. Balance décisionnelle utilisée (oui, non).

Interventions

  • Principales questions ouvertes, reflets, valorisations, résumé final.
  • Information ou conseil donné, avec la permission demandée, et réaction du patient.

Plan de changement (si le patient en a formulé un)

  • Ce que je veux changer, pourquoi, comment, quand, qui peut m'aider, ce qui pourrait gêner et ce que je ferai alors. Écrit dans les termes du patient.
  • Sinon, « pas de planification ce jour ».

Orientation et coordination

  • Avis médical conseillé, courrier prévu, ressources proposées.

Pour la prochaine séance

  • Processus à reprendre, citation à reprendre, date.

Exemple rempli sur deux séances (cas fictif)

Claire (prénom fictif), 41 ans, comptable, consulte une psychologue en libéral pour un stress au travail. Elle fume 18 cigarettes par jour depuis l'âge de 17 ans.

Séance 2, le 6 octobre (partie EM d'environ 25 minutes)

Cible : le tabac. Proposé par la praticienne après que Claire a dit « je fume encore plus depuis la réorganisation ». Claire accepte d'en parler « mais pas pour qu'on me fasse la morale ».

Processus dominant : engagement et focalisation.

Engagement : méfiance au départ, liée à des consultations passées vécues comme culpabilisantes. Détente nette après la valorisation de ses deux tentatives d'arrêt passées.

Discours-changement : « Je voudrais ne plus sentir le tabac quand je récupère ma fille. » (désir) « Il faudrait que j'arrête avant 45 ans, mon père a fait un infarctus à 50. » (besoin)

Discours-maintien : « C'est mon seul moment à moi dans la journée. » « J'ai tenu trois jours en 2022, je suis devenue infernale. »

Tendance : maintien dominant au début, équilibre en fin de séance.

Échelles : importance 6 sur 10 (« pas 3 parce que je pense à ma fille et à mon père »). Confiance 3 sur 10 (« pas 0 parce que j'ai déjà tenu trois jours »). Pour passer à 4, « savoir quoi faire de la pause de 10 h ».

Ambivalence : « Je veux arrêter, mais je ne veux pas perdre ma pause. » Balance décisionnelle non utilisée.

Interventions : questions ouvertes sur ses tentatives passées, reflets doubles sur l'ambivalence, résumé final. Information sur les aides possibles donnée après permission. Claire : « je ne savais pas qu'on pouvait en parler à son médecin ».

Plan : pas de planification ce jour.

Prochaine séance : évocation, reprendre la pause de 10 h et la confiance.

Séance 4, le 20 octobre (partie EM d'environ 30 minutes)

Processus dominant : évocation puis planification.

Engagement : Claire ouvre elle-même le sujet du tabac.

Discours-changement : « J'ai essayé de remplacer la pause de 10 h par un tour du bâtiment, deux jours sur cinq. » (premiers pas) « Je pourrais le faire tous les jours si ma collègue vient. » (capacité) « Je vais en parler à mon médecin la semaine prochaine. » (engagement)

Discours-maintien : « Les soirées chez ma sœur, ce sera dur. »

Tendance : discours-changement majoritaire, maintien centré sur une situation précise.

Échelles : importance 8 sur 10 (6 en séance 2) (« pas 6 parce que j'ai vu que je pouvais faire autre chose de ma pause »). Confiance 5 sur 10 (3 en séance 2) (« pas 3 parce que j'ai tenu deux matinées »). Pour passer à 6, « avoir un plan pour chez ma sœur ».

Ambivalence : moins forte, porte sur les situations sociales.

Plan de Claire, dans ses mots : « Je prends rendez-vous avec mon médecin pour parler des aides. Je fais le tour du bâtiment à 10 h avec Sonia. Je choisis une date d'arrêt avec le médecin. Chez ma sœur, je reste dans la cuisine avec les enfants. Si je craque, je ne jette pas tout, j'en parle ici. »

Orientation : consultation du médecin traitant à l'initiative de Claire, avec son accord pour un courrier de la psychologue.

Prochaine séance : faire le point sur le rendez-vous médical et le plan, garder les mêmes questions d'échelle.

Les erreurs fréquentes

  • Noter son propre argumentaire. « J'ai expliqué les risques cardiovasculaires du tabac » décrit ce que vous avez fait, pas où en est le patient. Si vous avez donné une information, notez surtout sa réaction.
  • Écrire « patient non motivé » ou « dans le déni ». Ces étiquettes ne disent rien et peuvent blesser un patient qui consulte son dossier. Notez le discours-maintien et l'ambivalence avec ses mots.
  • Ne garder que le discours-changement. La note devient trop optimiste et la rechute paraît surgir de nulle part. Le discours-maintien montre où porte la résistance.
  • Noter un chiffre d'échelle sans la question ni la raison. Un 6 isolé ne se compare à rien. La raison donnée au « pourquoi pas plus bas ? » est souvent la meilleure phrase de la séance.
  • Rédiger le plan à la place du patient. « Arrêt complet au 1er novembre » écrit par le praticien n'est pas un plan d'EM. Reprenez ses mots, même modestes.
  • Écrire seulement « entretien motivationnel » dans les interventions. Précisez ce qui a été fait (questions ouvertes sur quoi, reflet de quoi, résumé), sinon la note ne prouve rien.

Liste de vérification avant de valider la note

  • La cible est formulée avec les mots du patient et son accord est noté.
  • Le processus dominant est indiqué.
  • Au moins une citation de discours-changement et une de discours-maintien.
  • Les deux échelles avec la question, le chiffre, la raison et le chiffre précédent.
  • Toute information donnée est précédée de la permission et suivie de la réaction du patient.
  • Le plan est écrit dans les termes du patient, ou « pas de planification ce jour ».
  • Aucune étiquette (« déni », « non compliant »).
  • Une orientation médicale est notée quand la situation le demande (sevrage, traitement).

Pour l'insertion dans une note de séance TCC, ajoutez simplement les rubriques discours, échelles et plan à la trame habituelle. Vous trouverez nos autres trames dans les modèles de documents cliniques.

Delta et la note d'entretien motivationnel

Delta est l'assistant clinique qui garde la mémoire de chaque patient. Pendant la séance, il transcrit ce qui se dit, ce qui permet de retrouver les mots exacts du patient ; après la séance, vous pouvez aussi dicter vos observations. Le compte rendu tient compte de votre approche et le dossier du patient (synthèse du suivi, objectifs suivis) est mis à jour à chaque séance, si bien que les échelles et les citations des séances précédentes se retrouvent au même endroit. Les données sont hébergées en France chez un hébergeur certifié HDS, les informations identifiantes sont pseudonymisées avant l'IA et aucun fichier audio n'est conservé.

Comment documenter un entretien motivationnel sans écrire juste « EM utilisé » ?

Notez le processus travaillé, deux à quatre phrases du patient entre guillemets (pour et contre le changement), les deux échelles avec leur raison et, s'il existe, le plan dans ses mots. Pour les interventions, précisez ce que vous avez fait : la question ouverte principale, le reflet qui a fait bouger la séance, le résumé final.

Faut-il citer le patient mot pour mot dans la note ?

Oui pour deux à quatre phrases clés, au moins une de chaque côté ; le reste peut être résumé. Le patient peut consulter son dossier : citez ses mots, ne les commentez pas.

Que noter quand le patient n'est pas prêt à changer ?

Notez le discours-maintien, l'ambivalence telle qu'il la formule, les échelles et ce qui ferait monter d'un point. Écrivez « pas de planification ce jour ». Une séance sans plan reste une séance d'EM complète.

Un patient dépendant à l'alcool veut tout arrêter du jour au lendemain, que noter ?

Notez sa décision avec ses mots, et notez que vous lui avez conseillé d'en parler à son médecin avant d'arrêter : l'arrêt brutal chez une personne dépendante relève d'une évaluation médicale, pas de la note d'EM. En cas de malaise, le 15 ou le 112 restent les numéros d'urgence.

Peut-on mettre l'EM dans une note SOAP, DAP ou TCC ?

Oui. Dans une note DAP ou SOAP, les citations et les échelles vont dans les données, le processus et l'ambivalence dans l'analyse, le plan du patient dans le plan. Dans une note TCC, ajoutez une rubrique motivation avec ces trois éléments.

Sources

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