Anamnèse en psychologie : la trame du premier entretien, pour l'adulte et l'enfant, et comment la consigner
Le premier entretien sert à comprendre la demande, l'histoire et la situation de la personne, sans la transformer en interrogatoire. Voici une trame complète par domaines, ses variantes pour l'enfant, l'adolescent et le bilan neuropsychologique, et ce que dit le code de déontologie de 2021.
Pays concernés : Belgique, Suisse, France
Ce que recouvre l'anamnèse en psychologie
En pratique, le mot désigne tout ce que vous recueillez sur la personne au début d'un suivi ou d'un bilan. Qui elle est, pourquoi elle vient maintenant, d'où vient la difficulté, comment elle vit aujourd'hui.
L'anamnèse a trois usages concrets. Elle vous aide à comprendre la demande et à décider si vous êtes la bonne personne pour y répondre. Elle repère les situations qui demandent une orientation ou une action rapide (un risque suicidaire, des violences, un problème médical non exploré). Elle sert enfin de point de départ pour mesurer l'évolution au fil des séances.
Elle ne se fait pas forcément en une seule fois. Beaucoup de praticiens la répartissent sur deux ou trois séances, et la complètent au fil du suivi. Le code de déontologie rappelle d'ailleurs que l'entretien est l'un des outils principaux du psychologue (article 21) et que ses évaluations restent relatives, parce que la personne évolue (article 22).
Avant les questions, présenter le cadre
Le premier entretien commence par des informations, pas par des questions. Le code de déontologie des psychologues de 2021 est clair sur ce point. L'article 9 demande de rechercher « le consentement libre et éclairé » des personnes, et de les informer « de façon claire et intelligible des objectifs, des modalités, du coût éventuel et des limites » de l'intervention. Le même article prévoit d'indiquer, le cas échéant, qu'elles peuvent consulter un autre praticien.
Concrètement, voici ce que la personne doit savoir avant de vous raconter son histoire.
- Le déroulé des premières séances et ce que vous allez lui demander.
- La durée des séances, leur fréquence probable et le tarif (l'article 25 demande de présenter les honoraires à l'avance).
- Le secret professionnel, et ses limites.
- Ce que vous notez, comment vous le conservez, et son droit d'y accéder.
- Qu'elle peut arrêter, ne pas répondre à une question, ou consulter quelqu'un d'autre.
Le secret et ses limites, dits simplement
Le psychologue est tenu au secret professionnel. L'article 7 du code renvoie aux articles 226-13 et 226-14 du code pénal, et précise que le secret couvre tout ce que le psychologue apprend dans l'exercice de sa profession. Le ministère de la Santé l'a confirmé dans une réponse publiée au Sénat le 12 janvier 2023, y compris pour les psychologues libéraux.
Le secret a des limites prévues par la loi. L'article 226-14 du code pénal permet notamment d'informer les autorités judiciaires, médicales ou administratives de privations ou de sévices subis par un mineur ou par une personne qui n'est pas en mesure de se protéger. L'article 17 du code de déontologie demande, face à un risque pour l'intégrité psychique ou physique de la personne, d'évaluer « avec discernement la conduite à tenir », dans le respect du secret et des obligations de signalement. Pour le détail, voyez notre article sur le secret professionnel des praticiens.
Le patient n'a pas besoin des numéros d'articles. Il a besoin de quelques phrases claires, comme celles-ci.
« Avant de commencer, je vous explique comment je travaille. Les deux ou trois premières séances me servent à comprendre ce qui vous amène et votre parcours. Je vais vous poser des questions, vous pouvez ne pas répondre à certaines. Ce que vous me dites reste entre nous, je suis tenu au secret professionnel. Il existe une exception. Si je pense que vous ou quelqu'un d'autre, en particulier un enfant, êtes en danger grave, je pourrais devoir alerter. Dans ce cas, j'en parlerais d'abord avec vous chaque fois que c'est possible. Je prends quelques notes pour mon dossier, qui est protégé, et vous pouvez y avoir accès. La séance dure 45 minutes et coûte tant. Est-ce que vous avez des questions avant qu'on commence ? »
Adaptez la durée, le tarif et la tournure à votre pratique. Si vous utilisez un outil numérique pendant la séance, dites-le aussi à ce moment. Le cadre à respecter est détaillé dans notre article sur le consentement à la prise de notes par IA.
Trame d'anamnèse adulte, domaine par domaine
Cette trame sert d'aide-mémoire. Vous n'avez pas à suivre l'ordre, ni à tout couvrir à la première séance. Laissez la personne raconter, puis revenez sur les domaines restés vides. Les questions sont formulées comme on les dit à voix haute.
- Motif et demande
- Ce que vous cherchez à savoir. Ce qui amène la personne, pourquoi maintenant, qui l'a orientée, ce qu'elle attend de vous
- Exemples de questions. « Qu'est-ce qui vous amène ? » « Pourquoi venir maintenant plutôt qu'il y a six mois ? » « Qu'est-ce que vous aimeriez qui change ? »
- Histoire de la difficulté
- Ce que vous cherchez à savoir. Le début, l'évolution, ce qui l'a déclenchée, ce qui l'aggrave ou la soulage
- Exemples de questions. « Quand est-ce que ça a commencé ? » « Il s'est passé quelque chose à ce moment-là ? » « Qu'est-ce qui rend les choses plus faciles, ou plus difficiles ? »
- Impact au quotidien
- Ce que vous cherchez à savoir. Le retentissement sur le travail, le sommeil, l'appétit, les relations, les loisirs
- Exemples de questions. « Comment ça va au travail en ce moment ? » « Vous dormez comment ? » « Qu'est-ce que vous ne faites plus et que vous faisiez avant ? »
- Suivis et traitements
- Ce que vous cherchez à savoir. Les psychologues, psychiatres ou thérapeutes déjà consultés, les médicaments, les hospitalisations, ce qui a aidé ou pas
- Exemples de questions. « Vous avez déjà vu quelqu'un pour ça ? Qu'est-ce qui vous avait aidé ? » « Vous prenez un traitement en ce moment ? Qui vous le prescrit ? »
- Santé physique
- Ce que vous cherchez à savoir. Les maladies, les douleurs, le médecin traitant, un problème médical qui pourrait expliquer une partie des symptômes
- Exemples de questions. « Comment va votre santé en général ? » « Vous avez un médecin traitant ? Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ? »
- Consommations
- Ce que vous cherchez à savoir. Alcool, tabac, cannabis, autres produits, jeux, écrans, et leur évolution récente
- Exemples de questions. « Combien de verres d'alcool par semaine, à peu près ? » « Ça a changé ces derniers temps ? » « Il y a d'autres choses que vous prenez pour tenir ? »
- Histoire de vie
- Ce que vous cherchez à savoir. L'enfance, la famille d'origine, la scolarité, le parcours professionnel, les événements marquants
- Exemples de questions. « Comment décririez-vous votre enfance ? » « Qui comptait pour vous quand vous étiez petit ? » « Il y a des moments de votre vie qui vous ont particulièrement marqué ? »
- Antécédents familiaux
- Ce que vous cherchez à savoir. Les difficultés psychiques ou les addictions dans la famille, les suicides, les deuils
- Exemples de questions. « Dans votre famille, quelqu'un a-t-il traversé des difficultés comparables ? » « Vous avez perdu des proches ? »
- Situation actuelle
- Ce que vous cherchez à savoir. Logement, couple, enfants, travail, argent, entourage, démarches en cours
- Exemples de questions. « Avec qui vivez-vous ? » « Sur qui pouvez-vous compter en ce moment ? » « Il y a des soucis d'argent ou de logement qui pèsent ? »
- Ressources
- Ce que vous cherchez à savoir. Ce qui tient encore, les forces de la personne, ce qui l'aide à aller mieux
- Exemples de questions. « Qu'est-ce qui vous fait du bien, même un peu ? » « Comment avez-vous traversé les moments difficiles par le passé ? »
- Sécurité
- Ce que vous cherchez à savoir. Les idées suicidaires, les gestes passés, les violences subies ou commises, les mises en danger
- Exemples de questions. « Il arrive que des personnes dans votre situation pensent à mourir. Est-ce que ça vous arrive ? » « Est-ce que quelqu'un vous fait du mal en ce moment ? »
- Objectifs du suivi
- Ce que vous cherchez à savoir. Ce que la personne veut obtenir, sur quel délai, et à quoi elle verra que ça va mieux
- Exemples de questions. « Dans trois mois, qu'est-ce qui vous dirait que ça valait la peine ? » « Qu'est-ce que vous attendez de moi ? »
La question du risque suicidaire
Beaucoup de praticiens hésitent à poser la question directement, de peur de « donner l'idée ». La Haute Autorité de santé répond nettement sur ce point dans sa recommandation de septembre 2021 sur les idées suicidaires chez l'enfant et l'adolescent. Elle indique que poser explicitement la question à un enfant ou un adolescent « n'induira pas de telles idées ou même un passage à l'acte », et que le repérage repose sur un questionnement direct. Si une personne vous inquiète, le 3114, numéro national de prévention du suicide en France, est joignable gratuitement, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Variante enfant et adolescent
Avec un enfant, l'anamnèse se fait à plusieurs voix. Les parents racontent l'histoire, l'école donne souvent la raison de la consultation, et l'enfant a son propre point de vue, qu'il faut recueillir aussi.
Organiser le premier rendez-vous
- Avec un jeune enfant, voyez souvent les parents d'abord, seuls ou avec l'enfant, puis l'enfant seul, avec du matériel adapté à son âge (dessin, jeu).
- Avec un adolescent, prévoyez toujours un temps seul avec lui. Dites devant les parents ce qui restera entre vous et ce qui pourra leur être transmis.
- Expliquez à l'enfant, avec ses mots, pourquoi il est là. Beaucoup d'enfants arrivent sans savoir qui vous êtes.
L'article 11 du code de déontologie prévoit que le psychologue « s'assure autant que possible » du consentement du mineur et qu'il recherche l'autorisation des représentants légaux « dans le respect des règles relatives à l'autorité parentale ». En cas de parents séparés, la loi distingue les actes que chaque parent peut faire seul (les actes usuels) de ceux qui demandent l'accord des deux. Service-public.fr classe par exemple les soins courants dans la première catégorie et un traitement médical lourd dans la seconde. Sa liste ne mentionne pas le suivi psychologique. Par prudence, informez les deux parents dès le départ, et demandez si l'autre parent est au courant de la démarche.
Trame enfant et adolescent
- Motif
- Questions aux parents. « Qui a eu l'idée de consulter ? L'école, le médecin, vous ? » « Qu'est-ce qui vous inquiète le plus ? »
- Questions à l'enfant ou à l'adolescent. « Tu sais pourquoi tu viens me voir ? » « Toi, qu'est-ce que tu en penses ? »
- Grossesse et naissance
- Questions aux parents. « Comment s'est passée la grossesse ? Et la naissance ? » « Il y a eu des soucis les premières semaines ? »
- Questions à l'enfant ou à l'adolescent. (non concerné)
- Développement
- Questions aux parents. « À quel âge a-t-il marché ? Dit ses premiers mots ? Été propre ? » « Comment dort-il ? Comment mange-t-il ? »
- Questions à l'enfant ou à l'adolescent. « Tu dors bien ? Tu fais des cauchemars ? »
- Santé
- Questions aux parents. « Sa vue et son audition ont-elles été vérifiées ? » « Il a des maladies, un traitement ? »
- Questions à l'enfant ou à l'adolescent. « Il y a des moments où tu as mal quelque part ? »
- Scolarité
- Questions aux parents. « En quelle classe ? Comment ça va avec les apprentissages ? Avec les autres ? » « Un aménagement est-il déjà en place ? »
- Questions à l'enfant ou à l'adolescent. « Qu'est-ce que tu aimes à l'école ? Qu'est-ce qui est difficile ? » « Tu as des copains ? Il y a des élèves qui t'embêtent ? »
- Famille
- Questions aux parents. « Qui vit à la maison ? » « Y a-t-il eu une séparation, un déménagement, un deuil, une naissance ? » « Comment se passe la garde ? »
- Questions à l'enfant ou à l'adolescent. « Tu peux me dessiner ta famille ? » « Avec qui tu aimes être à la maison ? »
- Émotions et comportement
- Questions aux parents. « Comment réagit-il quand il est contrarié ? » « Qu'est-ce qui a changé ces derniers mois ? »
- Questions à l'enfant ou à l'adolescent. « Qu'est-ce qui te rend triste, ou en colère ? » « Qu'est-ce que tu fais quand ça ne va pas ? »
- Écrans et loisirs
- Questions aux parents. « Combien de temps sur les écrans, et à quels moments ? » « Quelles activités en dehors de l'école ? »
- Questions à l'enfant ou à l'adolescent. « Qu'est-ce que tu fais quand tu as du temps libre ? »
- Spécifique à l'adolescent
- Questions aux parents. « Avez-vous remarqué des changements d'amis, d'horaires, de sorties ? »
- Questions à l'enfant ou à l'adolescent. « Tu as déjà essayé l'alcool, le cannabis ? » « Sur les réseaux, il se passe des choses qui te pèsent ? » « Il t'arrive de penser à te faire du mal ? »
- Ressources et attentes
- Questions aux parents. « Qu'est-ce qui marche bien avec lui ? » « Qu'attendez-vous de ces rendez-vous ? »
- Questions à l'enfant ou à l'adolescent. « Qu'est-ce que tu aimerais qui change ? »
Les questions sur les consommations, la vie affective et les idées suicidaires se posent à l'adolescent seul, une fois le cadre de confidentialité posé.
Variante pour le neuropsychologue
Avant un bilan, l'anamnèse sert surtout à préciser la plainte cognitive et à repérer ce qui pourrait fausser l'interprétation des tests. Le code de déontologie demande que les tests utilisés soient scientifiquement validés (article 21) et que les évaluations restent prudentes (article 22). L'anamnèse vous donne les éléments pour le faire.
- Plainte cognitive
- Pourquoi c'est utile. Savoir quelles fonctions explorer (mémoire, attention, langage, repérage dans l'espace)
- Exemples de questions. « Pouvez-vous me donner un exemple récent où ça vous a gêné ? »
- Début et évolution
- Pourquoi c'est utile. Distinguer un début brutal d'une installation progressive
- Exemples de questions. « C'est arrivé d'un coup ou petit à petit ? Ça s'aggrave ? »
- Avis d'un proche
- Pourquoi c'est utile. La personne ne perçoit pas toujours elle-même ses difficultés
- Exemples de questions. Au proche. « Qu'avez-vous remarqué de différent ? Depuis quand ? »
- Études, métier, langues
- Pourquoi c'est utile. Choisir les normes adaptées et interpréter les résultats
- Exemples de questions. « Jusqu'à quel niveau avez-vous fait vos études ? » « Quelle est votre langue maternelle ? »
- Latéralité, vue, audition
- Pourquoi c'est utile. Adapter la passation
- Exemples de questions. « Vous écrivez de quelle main ? Vous portez des lunettes, un appareil auditif ? »
- Antécédents neurologiques
- Pourquoi c'est utile. Accident vasculaire, traumatisme crânien, épilepsie, opération
- Exemples de questions. « Avez-vous déjà eu un choc à la tête avec perte de connaissance ? »
- Traitements et sommeil
- Pourquoi c'est utile. Certains traitements, la fatigue et le manque de sommeil peuvent peser sur les résultats
- Exemples de questions. « Quels médicaments prenez-vous ? Vous avez bien dormi cette nuit ? »
- Humeur
- Pourquoi c'est utile. Une humeur dépressive ou une anxiété forte peuvent gêner la concentration
- Exemples de questions. « Comment vous sentez-vous ces dernières semaines, sur le plan du moral ? »
- Examens antérieurs
- Pourquoi c'est utile. Comparer avec un bilan ou une imagerie déjà faits
- Exemples de questions. « Avez-vous déjà passé un bilan ou un examen du cerveau ? Pouvez-vous me l'apporter ? »
Ces éléments se retrouvent ensuite dans la partie anamnèse du compte rendu. Voyez notre modèle de compte rendu de bilan psychologique.
Conduire l'entretien sans en faire un interrogatoire
Une trame mal utilisée donne un entretien qui ressemble à un formulaire. La personne répond court, n'ose pas aborder ce qui l'amène vraiment, et vous repartez avec beaucoup d'informations et peu de compréhension. Quelques repères aident à l'éviter.
- Commencez large. Une question ouverte au début (« Racontez-moi ce qui vous amène ») et laissez parler plusieurs minutes avant de préciser.
- Suivez le fil de la personne. Si elle parle de son père en évoquant son travail, explorez à ce moment-là. Vous cocherez le domaine « famille » au passage.
- Gardez la trame en tête, pas sous les yeux. Jetez-y un œil en fin de séance pour repérer les domaines restés vides, et reprenez-les la fois suivante.
- Posez les questions sensibles simplement. Une question directe et calme sur le suicide, les violences ou l'alcool met souvent plus à l'aise qu'une périphrase.
- Annoncez les changements de sujet. « Je vais vous poser quelques questions sur votre santé, c'est quelque chose que je demande à tout le monde. »
- Reformulez à la fin. Résumez en deux ou trois phrases ce que vous avez compris, et demandez si c'est juste. La personne corrige souvent un point important.
- Terminez par la suite. Ce que vous proposez, la date du prochain rendez-vous, et à qui s'adresser en cas de crise d'ici là.
Si vous consultez à distance, le code de déontologie demande de privilégier la rencontre en présentiel et, à distance, de rester identifiable et de sécuriser les échanges (article 24). Pour un premier entretien, vérifiez aussi que la personne est seule dans la pièce.
Adapter l'anamnèse à votre approche
La trame couvre les mêmes domaines quelle que soit votre orientation. Ce qui change, c'est le moment où vous la remplissez, le degré de structure et ce sur quoi vous insistez.
- Thérapies comportementales et cognitives (TCC)
- Comment l'anamnèse se déroule. Assez structurée, souvent complétée par des questionnaires remplis par le patient
- Ce sur quoi on insiste. Des situations précises et récentes. Ce que la personne pense, ressent et fait à ce moment-là. Ce qui entretient le problème. Une mesure de départ pour suivre l'évolution.
- Approche psychodynamique ou analytique
- Comment l'anamnèse se déroule. Peu de questions dirigées, la personne parle librement. L'histoire se reconstitue au fil des séances.
- Ce sur quoi on insiste. Ce qui se répète dans l'histoire et dans les relations. Les liens que la personne fait elle-même. Ce qu'elle ne dit pas ou évite.
- Approche systémique et familiale
- Comment l'anamnèse se déroule. Souvent avec plusieurs membres de la famille. Un schéma de la famille sur trois générations (le génogramme) est fréquent.
- Ce sur quoi on insiste. Qui demande quoi, pour qui. La place de la difficulté dans la famille. Les changements récents (séparation, naissance, deuil, déménagement).
- Approche humaniste
- Comment l'anamnèse se déroule. Peu structurée, centrée sur ce que la personne vit
- Ce sur quoi on insiste. Le vécu actuel, les besoins, les valeurs, ce qui donne du sens.
Même dans une pratique peu directive, certains domaines ne se laissent pas au hasard. La sécurité, les traitements en cours et le médecin traitant se vérifient tôt, quelle que soit l'approche.
Ce que vous consignez, et ce que vous évitez d'écrire
L'article 23 du code de déontologie demande de recueillir, classer et archiver ses notes « de manière à préserver la vie privée des personnes en garantissant le respect du secret professionnel ». Le RGPD ajoute deux contraintes concrètes. Les données doivent être limitées à ce qui est nécessaire (article 5), et la personne peut demander à accéder à ses données (article 15). Les données de santé font partie des catégories particulières protégées par l'article 9.
Une règle simple en découle. Écrivez comme si la personne pouvait un jour lire votre dossier. Pour le détail du droit d'accès, voyez notre article sur l'accès du patient à son dossier.
À consigner
- Le motif, avec quelques mots de la personne entre guillemets
- Les faits rapportés, présentés comme rapportés (« elle dit que... »)
- Les antécédents, traitements en cours et suivis passés
- L'évaluation du risque, et ce que vous avez fait en conséquence
- Vos hypothèses, présentées comme des hypothèses
- Ce qui a été convenu (cadre, fréquence, tarif, informations données, accord de la personne)
- Les coordonnées utiles (médecin traitant, prescripteur), avec l'accord de la personne pour les contacter
À éviter
- Les détails intimes sans utilité pour le suivi
- Les jugements et adjectifs moraux (« manipulatrice », « immature »)
- Les informations sur des tiers identifiables au-delà du nécessaire (le nom complet de l'ex-conjoint, son employeur)
- Un diagnostic posé dès la première séance comme une certitude
- Vos réactions personnelles brutes, qui relèvent plutôt de la supervision
- Des abréviations que vous seul comprenez
- Des informations sans lien avec la demande, recueillies « au cas où »
Exemple de synthèse d'anamnèse rédigée
Voici à quoi peut ressembler une synthèse après deux séances, pour une patiente fictive.
Mme L., 34 ans. Synthèse d'anamnèse (séances des 2 et 9 octobre).
Motif. Consulte sur conseil de son médecin traitant pour une fatigue et des pleurs fréquents depuis quatre mois. « Je n'arrive plus à faire semblant au travail. »
Histoire. Début après une réorganisation de son service en juin. Sommeil haché, réveils vers 4 h. Dit avoir arrêté le sport et voir moins ses amies.
Antécédents. Un suivi de six mois à 25 ans après un deuil, vécu comme aidant. Pas de traitement en cours. Médecin traitant informé de la démarche.
Situation et ressources. Vit en couple, sans enfant. Conjoint soutenant selon elle. Une sœur proche.
Sécurité. Idées de mort passives (« disparaître un moment »), sans projet ni geste. Numéro 3114 donné. À réévaluer à chaque séance.
Consommations. Deux à trois verres de vin le soir depuis l'été, en hausse.
Hypothèses de travail. Épisode d'épuisement lié au travail, à préciser. Consommation d'alcool à suivre.
Cadre convenu. Séances hebdomadaires de 45 minutes, tarif présenté et accepté. Information sur le secret et ses limites donnée en première séance.
La structure de vos notes de séance suivantes est détaillée dans notre modèle de notes de séance. Et pour savoir combien de temps garder ce dossier, voyez notre article sur la durée de conservation du dossier patient.
Le cadre déontologique en un coup d'œil (France)
Le code de déontologie des psychologues a été révisé en 2021 (version consolidée au 9 septembre 2021) et signé par des organisations de psychologues. Il n'a pas force de loi, mais c'est le texte de référence de la profession. Voici les articles qui concernent directement l'anamnèse.
- Principe 1
- Ce qu'il dit. Respect de la personne et de son droit à l'information. Toute personne doit savoir qu'elle peut consulter directement le psychologue de son choix.
- Ce que ça change pour l'anamnèse. La personne choisit ce qu'elle dit et à qui.
- Principe 2
- Ce qu'il dit. Discrétion, secret, confidentialité. Le psychologue informe les personnes et recherche leur consentement éclairé.
- Ce que ça change pour l'anamnèse. Le cadre se présente avant de commencer.
- Article 7
- Ce qu'il dit. Secret professionnel dans les limites des articles 226-13 et 226-14 du code pénal, sur tout ce qui est appris dans l'exercice.
- Ce que ça change pour l'anamnèse. Dire au patient que le secret existe, et qu'il a des limites.
- Article 8
- Ce qu'il dit. Entre professionnels, ne partager que les informations strictement nécessaires.
- Ce que ça change pour l'anamnèse. Un courrier au médecin traitant ne reprend pas toute l'anamnèse.
- Article 9
- Ce qu'il dit. Consentement libre et éclairé. Information claire sur les objectifs, les modalités, le coût éventuel et les limites. Possibilité de consulter un autre praticien.
- Ce que ça change pour l'anamnèse. Les premières minutes du premier entretien.
- Article 11
- Ce qu'il dit. Avec un mineur, s'assurer autant que possible de son consentement et rechercher l'autorisation des représentants légaux.
- Ce que ça change pour l'anamnèse. Expliquer à l'enfant pourquoi il est là, et associer les parents.
- Article 12
- Ce qu'il dit. Avec un mineur, un majeur protégé ou une personne vulnérable, tenir compte de sa situation et des règles légales.
- Ce que ça change pour l'anamnèse. Adapter l'information et le recueil du consentement.
- Article 17
- Ce qu'il dit. Face à un risque d'atteinte à l'intégrité de la personne, évaluer la conduite à tenir, dans le respect du secret et des obligations de signalement. Possibilité de demander conseil à des collègues expérimentés.
- Ce que ça change pour l'anamnèse. Poser les questions de sécurité, et savoir quoi faire de la réponse.
- Article 18
- Ce qu'il dit. Les documents sont datés et portent l'identité, le titre et la signature du psychologue.
- Ce que ça change pour l'anamnèse. Toute synthèse transmise doit être datée et signée.
- Article 23
- Ce qu'il dit. Notes et données classées et archivées de façon à préserver la vie privée et le secret.
- Ce que ça change pour l'anamnèse. Où et comment vous conservez votre dossier.
Comment fonctionne Delta
Pendant les premiers entretiens, on prend beaucoup de notes. Delta est un assistant IA conçu pour les professionnels de santé mentale. Pendant la séance, Delta retranscrit ce qui se dit, puis prépare un compte rendu que vous relisez et corrigez. Si vous préférez, vous pouvez aussi dicter vos observations juste après la séance. Le compte rendu tient compte de votre spécialité et de votre approche, et s'ajoute au dossier du patient. Vous retrouvez ainsi l'anamnèse, puis tout le suivi et son évolution, au même endroit.
Les données sont hébergées en France sur une infrastructure certifiée pour les données de santé (HDS), et le traitement par l'IA se fait sur des serveurs situés en France. Le nom du patient et les informations qui permettent de l'identifier sont pseudonymisés avant le passage par l'IA. Aucun fichier audio n'est conservé, les données ne servent jamais à entraîner des modèles, et elles sont chiffrées en transit et au repos. Delta rédige aussi vos comptes rendus de bilan, courriers et attestations.
Questions fréquentes
L'anamnèse est-elle obligatoire pour un psychologue ?
Aucun texte n'impose une trame d'anamnèse précise. En revanche, le code de déontologie demande d'informer la personne et de rechercher son consentement (article 9), et de conserver ses notes de façon à protéger le secret (article 23). En pratique, sans anamnèse, il est difficile de comprendre la demande, de repérer un risque et de mesurer l'évolution.
Combien de séances faut-il pour faire l'anamnèse ?
Il n'existe pas de règle. Beaucoup de praticiens y consacrent une à trois séances, puis la complètent au fil du suivi. L'essentiel est d'avoir exploré tôt la sécurité, les traitements en cours et le motif de la demande.
Faut-il faire remplir un questionnaire au patient avant le premier rendez-vous ?
C'est possible pour les informations factuelles (coordonnées, médecin traitant, traitements, scolarité). Un questionnaire ne remplace pas l'entretien pour l'histoire du problème et les sujets sensibles. Si vous l'envoyez en ligne, il contient des données de santé, et l'outil utilisé doit être sécurisé.
Doit-on avoir l'accord des deux parents pour recevoir un enfant ?
L'article 11 du code de déontologie demande de rechercher l'autorisation des représentants légaux dans le respect des règles de l'autorité parentale. Un parent peut faire seul les actes usuels, mais les actes plus importants demandent l'accord des deux, et la liste d'exemples de service-public.fr ne mentionne pas le suivi psychologique. Par prudence, informez les deux parents et demandez si l'autre parent est d'accord, surtout en cas de séparation conflictuelle.
Que dire à un adolescent sur ce qui sera répété à ses parents ?
Dites-le dès le premier rendez-vous, devant les parents. Ce qu'il confie reste entre vous, et vous ne partagerez avec ses parents que ce dont vous aurez convenu ensemble. L'exception concerne un danger grave pour lui ou pour quelqu'un d'autre, et même dans ce cas vous lui en parlerez d'abord chaque fois que possible.
Le patient peut-il lire son anamnèse ?
Le RGPD donne à chacun un droit d'accès aux données qui le concernent (article 15). Écrivez donc votre anamnèse en pensant qu'elle peut être lue. Les modalités précises sont détaillées dans notre article sur l'accès du patient à son dossier.
Que faire si le patient refuse de répondre à certaines questions ?
Respectez son refus et notez simplement que le point n'a pas été abordé. Vous pourrez y revenir plus tard, quand la relation sera installée. La seule exception porte sur la sécurité. Si vous êtes inquiet, prenez le temps d'expliquer pourquoi vous posez la question.
Sources
- Code de déontologie des psychologues 2021, texte en ligne
- Code de déontologie des psychologues, version consolidée au 9 septembre 2021 (PDF)
- Sénat, question écrite sur le secret professionnel des psychologues et réponse du ministère de la Santé (12 janvier 2023)
- Code pénal, article 226-13 (Légifrance)
- Code pénal, article 226-14 (Légifrance)
- Service-public.fr, exercice de l'autorité parentale
- Haute Autorité de santé, idées suicidaires chez l'enfant et l'adolescent, repérer, évaluer et orienter (septembre 2021)
- 3114, numéro national de prévention du suicide
- CNIL, RGPD chapitre II (articles 5 et 9)
- CNIL, RGPD chapitre III (article 15)
- CNIL, répondre à une demande de droit d'accès
- Commission des psychologues (Belgique), arrêté royal fixant les règles de déontologie du psychologue
- Commission des psychologues (Belgique), le secret professionnel
- Centre de prévention du suicide (Belgique), ligne 0800 32 123
- Fédération suisse des psychologues, code de déontologie (version au 1er août 2024)
- Code pénal suisse, article 321
- Pouvoir judiciaire de Genève, fiche sur la capacité de discernement (article 16 du Code civil)
- La Main Tendue, 143
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