Logiciel pour psychologue TCC : ce qu'il doit faire et comment choisir
Ce qu'un outil doit suivre en TCC (formulation, objectifs, mesures, tâches, exposition), ce que font les logiciels réels, les règles à vérifier et un exemple fictif de synthèse.
Pays concernés : Belgique, Suisse, France, Royaume-Uni, Irlande
Un logiciel pour psychologue TCC est un outil qui, en plus de tenir le dossier, garde la trace de ce qui structure une thérapie cognitive et comportementale : la formulation de cas, des objectifs mesurables, des mesures répétées, les tâches entre les séances, les exercices (colonnes de Beck, hiérarchie d'exposition) et le bilan de fin de suivi. Un logiciel de cabinet classique gère surtout l'agenda et les factures. En TCC, la vraie question est autre : retrouvez-vous en deux minutes où en est chaque patient sur chaque objectif ?
Ce qu'un suivi TCC demande à un outil
Un logiciel généraliste stocke des notes. Un suivi TCC a besoin que ces notes se répondent d'une séance à l'autre. Voici les sept éléments à retrouver sans fouiller.
- La formulation de cas. L'hypothèse de travail (facteurs de maintien, croyances, comportements de sécurité) doit rester visible et datée, car elle change au fil du suivi. Le modèle complet est dans notre article sur la formulation de cas en 5 P.
- Les objectifs. Formulés avec le patient, concrets, avec un statut (atteint, en cours, abandonné, reformulé) et la date du dernier point.
- Les mesures répétées. Le même indicateur pris de la même façon à chaque séance ou à intervalle fixe : une échelle d'anxiété de 0 à 10, une fréquence de crises par semaine, un score de questionnaire si vous avez le droit de l'utiliser. L'outil doit en garder l'historique, pas seulement la dernière valeur.
- Les tâches entre les séances. Ce qui a été convenu, ce qui a été fait, ce qui a bloqué. Une tâche non revue à la séance suivante perd son effet, et l'outil doit vous la rappeler.
- Les colonnes de Beck. Situation, pensée automatique, émotion et intensité, pensée alternative. Ce qui compte pour le suivi n'est pas chaque fiche, mais les pensées qui reviennent et l'évolution de la croyance.
- La hiérarchie d'exposition. La liste des situations classées par niveau d'anxiété attendu, l'étape atteinte, le niveau d'anxiété au début, au plus haut et à la fin de chaque exercice. La note d'une séance d'exposition est détaillée dans notre modèle de note de séance TCC.
- La fin de suivi. Ce qui a changé, les objectifs atteints, les signes d'alerte de rechute et le plan du patient. Voir notre modèle de synthèse de fin de suivi.
Ce que fait chaque type d'outil
Les informations ci-dessous viennent des sites des éditeurs, lus le 5 novembre 2026. Nous n'avons pas testé ces outils. « Non indiqué sur son site » ne veut pas dire que la fonction n'existe pas.
- Logiciel de cabinet généraliste (exemple : Doctolib). Force : l'agenda et la prise de rendez-vous, que son site met en avant pour les psychologues (« Agenda, Rendez-vous & Développement de Patientèle »). Suivi TCC (objectifs, mesures, exposition) : non indiqué sur son site.
- Logiciel de cabinet orienté TCC (exemples : Psy.link Pro, PsyLib). Selon son site, Psy.link Pro réunit agenda, facturation, téléconsultation, une bibliothèque d'exercices et des questionnaires envoyés au patient et notés automatiquement, pour 49 € par mois, avec des données hébergées en France. Colonnes de Beck, hiérarchie d'exposition, objectifs et notes cliniques : non indiqués sur son site. Selon son guide TCC, PsyLib propose un modèle de note TCC personnalisable, un suivi du PHQ-9 et du GAD-7 en graphique et un espace patient pour les devoirs, avec un hébergement HDS. Force commune : tout est au même endroit que l'agenda.
- Plateforme de suivi entre les séances (exemple : Intervall). Selon son site, elle permet de prescrire « bilans cliniques (PHQ-9, GAD-7), exercices TCC » et de suivre les patients entre les séances, et se dit « conforme RGPD ». Hébergement des données de santé, notes de séance et synthèse de suivi : non indiqués sur son site.
- Application patient d'auto-observation (exemple : Feel). Selon son site, Feel est un programme d'exercices de TCC pour sortir de la dépression, qui aide à suivre ses émotions, et « n'est pas un dispositif médical ». Sa force est l'adhésion du patient au quotidien. Partage des données avec le thérapeute : non indiqué sur son site. Vous ne récupérez donc que ce que le patient vous montre.
- Assistant de notes IA (exemples : Heidi, Upheal). Selon son site français, Heidi rédige des notes de séance, des bilans et des comptes rendus, avec des modèles personnalisables. Selon sa page britannique (en anglais, société basée aux États-Unis), Upheal génère automatiquement les notes de suivi et propose, dans son offre payante, des plans de traitement avec objectifs SMART. Mesures répétées et hiérarchies d'exposition : non indiquées sur leurs sites. Lieu d'hébergement des données : non indiqué sur les pages lues de l'un comme de l'autre, posez la question. Notre comparatif des logiciels de prise de notes IA détaille les outils disponibles en France.
- Tableur. Force : souple, gratuit, parfait pour tracer une courbe d'anxiété ou une hiérarchie. Limites : aucun lien avec les notes, ressaisie à chaque séance, et un fichier de données de santé sur un ordinateur ou un cloud grand public pose la question de la sécurité.
En pratique, beaucoup de praticiens TCC combinent deux outils : un logiciel de cabinet pour l'agenda et les factures (voir notre guide du logiciel pour psychologue), et un outil qui tient la mémoire clinique du suivi.
Trois règles à vérifier avant d'y mettre vos patients
Les questionnaires ont des droits d'auteur
Un questionnaire publié n'est pas libre de droits par défaut. Pour le BDI-II, Pearson écrit que tout autre usage en téléconsultation que celui prévu par sa plateforme « requires prior permission from Pearson » (Pearson Clinical UK). Recopier les items d'un questionnaire protégé dans un formulaire en ligne, un tableur ou une application peut donc sortir de la licence. Nous conseillons de vérifier la licence de chaque questionnaire sur le site de son éditeur, de passer par l'outil autorisé quand il existe, et de ne noter dans votre logiciel que la date, le nom du questionnaire et le score total.
RGPD et CNIL : des données de santé, un sous-traitant
La CNIL rappelle aux professionnels de santé libéraux : « Vous devez respecter des règles de sécurité pour protéger les données des patients ». Quand un prestataire traite les données pour vous, « celui-ci doit, en tant que sous-traitant, vous garantir un niveau de sécurité adapté au risque », et vous devez informer vos patients du traitement (CNIL). Concrètement : demandez le contrat de sous-traitance, le lieu d'hébergement, et si l'outil est hébergé chez un hébergeur certifié HDS (un cadre français). Au Royaume-Uni, l'ICO rappelle que les données de santé sont des données de catégorie particulière qui reçoivent une protection renforcée (ICO). En Irlande, la DPC rappelle que leur traitement est interdit sauf exceptions prévues à l'article 9 du RGPD (DPC).
Le code de déontologie des psychologues 2021, article 23
« La·le psychologue recueille, traite, classe et archive ses notes personnelles et les données afférentes à son activité de manière à préserver la vie privée des personnes en garantissant le respect du secret professionnel. Lorsque ces données sont utilisées à des fins de publication ou de communication, elles sont impérativement traitées dans le respect absolu de l'anonymat. » (Code de déontologie des psychologues, version consolidée du 9 septembre 2021). Nous en tirons un conseil simple. Avant d'envoyer des fiches vers une application tierce ou d'exporter des données vers un tableur partagé, sachez où vont vos notes et qui y a accès.
Grille de choix pour un praticien TCC
- Mémoire du suivi : l'outil affiche-t-il, avant la séance, les objectifs, les dernières mesures et les tâches en cours, sans ouvrir cinq notes ?
- Approche : la note produite parle-t-elle TCC (situation, pensée, émotion, comportement, tâche) ou reste-t-elle un résumé générique ?
- Mesures : pouvez-vous suivre vos propres échelles (0 à 10, fréquence) et en voir l'historique ? Les questionnaires proposés sont-ils sous licence ?
- Exposition : la hiérarchie et l'étape atteinte sont-elles retrouvables d'une séance à l'autre ?
- Fin de suivi : pouvez-vous produire une synthèse ou un courrier de fin à partir de tout le suivi ?
- Données : lieu d'hébergement, contrat de sous-traitance, sort de l'audio si l'outil transcrit, usage des données pour entraîner un modèle.
- Côté patient : si vous voulez une application patient, que voyez-vous de ce qu'il remplit, et qui héberge ces données ?
- Sortie : export complet de vos dossiers si vous changez d'outil.
Le test à faire pendant l'essai
Une démonstration montre toujours un cas idéal. Nous conseillons ce test en une heure, avec un patient fictif.
- Étape 1. Créez un patient fictif avec une formulation courte et trois objectifs.
- Étape 2. Saisissez, dictez ou simulez trois séances : une séance d'évaluation, une séance de restructuration cognitive avec une colonne de Beck, une séance d'exposition avec niveaux d'anxiété.
- Étape 3. Avant la quatrième séance, demandez à l'outil où en est le patient. Retrouvez-vous les objectifs, l'évolution de l'échelle et la tâche convenue ?
- Étape 4. Modifiez un objectif (abandonné ou reformulé) et vérifiez que la synthèse suit.
- Étape 5. Demandez une synthèse de fin de suivi et un export. Si vous devez tout réécrire, l'outil ne garde pas la mémoire du suivi.
Exemple fictif : une note de séance et la synthèse attendue
Patiente fictive : Léa R., 29 ans, anxiété sociale, gêne à s'exprimer en réunion. Les valeurs sont inventées et viennent d'échelles subjectives définies avec la patiente, pas d'un questionnaire.
Note de la séance 6
- Retour sur la tâche : deux colonnes de Beck remplies sur trois. Pensée qui revient : « Ils vont voir que je ne suis pas à ma place. » Croyance cotée 70 sur 100 avant restructuration, 45 après.
- Mesure de la semaine : évitement des réunions, 2 sur 5 réunions évitées (4 sur 5 en séance 1).
- Travail en séance : exposition en imagination à l'étape 4 de la hiérarchie (poser une question en réunion d'équipe). Anxiété 65 au début, 80 au plus haut, 35 à la fin. Comportement de sécurité repéré : relire sa question trois fois avant de parler.
- Tâche convenue : poser une question en réunion du jeudi sans relecture préalable, noter l'anxiété avant et après.
Synthèse de suivi attendue de l'outil après la séance 6
- Formulation (révisée en séance 4) : croyance centrale « je ne suis pas à ma place », maintenue par l'évitement des réunions et la relecture excessive.
- Objectif 1, intervenir au moins une fois par réunion : en cours, étape 4 sur 7 de la hiérarchie.
- Objectif 2, réduire l'évitement des réunions : en cours, de 4 sur 5 (séance 1) à 2 sur 5 (séance 6).
- Objectif 3, reprendre le sport : reporté à la demande de la patiente en séance 3.
- Croyance travaillée : de 85 sur 100 (séance 2) à 45 sur 100 après restructuration (séance 6).
- Tâche en cours : question en réunion sans relecture, à revoir en séance 7.
- Points pour la prochaine séance : bilan de la tâche, passage à l'étape 5 si l'anxiété de fin reste sous 40, travail sur la relecture comme comportement de sécurité.
C'est ce second bloc qui distingue un outil adapté à la TCC : il se construit à partir de toutes les séances, pas de la dernière seule.
Erreurs fréquentes
- Choisir sur la démonstration de l'agenda. L'agenda se remplace facilement, la mémoire clinique d'un suivi beaucoup moins.
- Copier un questionnaire protégé dans un formulaire maison. Vérifiez la licence avant.
- Noter les mesures sans échelle précise. « Anxiété 6 » ne dit rien si l'on ne sait pas si c'est sur 10 ou sur 100.
- Laisser les objectifs figés. Un objectif abandonné ou reformulé doit apparaître comme tel, sinon la synthèse de fin est fausse.
Pourquoi Delta convient à un suivi TCC
Delta est l'assistant clinique des professionnels de santé mentale : il garde la mémoire de chaque patient. Pendant la séance, il transcrit ce qui se dit, ou vous dictez vos observations après la séance. Il génère le compte rendu (résumé court, résumé détaillé, sujets pour la prochaine séance) en tenant compte de votre profession et de votre approche, dont la TCC, et met à jour le dossier du patient (synthèse du suivi, objectifs suivis). Vous retrouvez tout le suivi et son évolution au même endroit. Les données sont hébergées en France chez un hébergeur certifié HDS, le nom du patient est pseudonymisé avant l'IA et aucun fichier audio n'est conservé.
Delta ne calcule aucun score de questionnaire et ne fait ni agenda ni facturation : il se combine avec votre logiciel de cabinet. Pour en savoir plus, lisez ce qu’est Delta, la page Delta pour les psychologues et nos modèles de documents cliniques. L'essai dure 14 jours sans carte bancaire, puis la formule Gratuit couvre 10 séances par mois et la formule Pro coûte 35 € par mois TTC sans engagement (29 € par mois TTC en annuel, soit 348 € par an).
Quel est le meilleur logiciel pour un psychologue TCC ?
Il n'existe pas d'outil unique. Un logiciel de cabinet gère l'agenda et les factures ; il vous faut aussi un outil qui garde les objectifs, les mesures et les tâches d'une séance à l'autre. Faites le test des trois séances fictives pendant l'essai et gardez celui qui vous rend la synthèse la plus juste.
Puis-je intégrer le BDI-II ou d'autres échelles dans mon logiciel ?
Pas sans vérifier la licence. Pearson indique que l'usage du BDI-II en téléconsultation hors de sa plateforme demande son autorisation préalable. Vérifiez chaque questionnaire sur le site de son éditeur et, à défaut, notez seulement la date et le score total dans votre dossier.
Un tableur suffit-il pour suivre mes patients en TCC ?
Pour tracer une courbe, oui. Pour un suivi, il manque le lien avec les notes et il faut tout ressaisir. Et c'est un fichier de données de santé : la CNIL demande des règles de sécurité adaptées. Vérifiez que votre stockage les respecte avant d'y mettre des données de patients.
Un assistant de notes IA comprend-il la TCC ?
Cela dépend de l'outil. Vérifiez qu'il structure la note selon l'approche (situation, pensée, émotion, comportement, tâche) et qu'il relie les séances entre elles. Un résumé générique de la dernière séance ne suffit pas pour suivre une hiérarchie d'exposition.
Faut-il une application patient pour les colonnes de Beck ?
Non. Une fiche papier ou un document partagé suffit souvent. Une application aide certains patients à remplir au moment où la pensée survient. Vérifiez alors ce que vous voyez de ses données et qui les héberge.
Sources
- Code de déontologie des psychologues 2021, CERéDéPsy (version consolidée du 9 septembre 2021), article 23.
- CNIL, RGPD et professionnels de santé libéraux : ce que vous devez savoir (1er juin 2018).
- Pearson Clinical UK, Telepractice and the BDI-II.
- ICO, What is special category data?.
- Data Protection Commission (Irlande), Special Category Data.
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