Note d'entretien de crise et évaluation du risque suicidaire : modèle, trame et exemple
Une trame pour documenter un entretien de crise : contexte, évaluation du risque suicidaire, niveau d'urgence, plan de protection, orientation et ressources comme le 3114. Avec un exemple rempli.
Pays concernés : Belgique, Suisse, France
La note d'entretien de crise est l'écrit qui documente une séance au cours de laquelle un patient traverse une crise, en particulier une crise suicidaire. Elle rapporte ce qui a été observé, l'évaluation du risque, les décisions prises et l'orientation.
Ce modèle s'adresse aux psychologues, en libéral comme en institution. La note se rédige le jour même, dès la fin de l'entretien, même brièvement si une orientation en urgence prend du temps. Elle assure la continuité avec les autres intervenants et garde une trace fidèle de ce qui a été évalué et décidé.
À quoi sert la note d'entretien de crise
Une crise suicidaire est un état temporaire, mais le risque peut évoluer en quelques heures. La note fixe l'évaluation à un instant donné, avec sa date et son heure, pour que le praticien ou le service d'urgence qui prend le relais sache ce qui a été dit et fait.
Quand l'utiliser
- Quand un patient exprime des idées de suicide ou de mort, quelle que soit leur intensité.
- Après une tentative de suicide récente ou une mise en danger.
- Lors d'un effondrement brutal après un événement de vie.
Le cadre
Le code de déontologie des psychologues (version actualisée de 2021) prévoit que le psychologue est tenu au secret professionnel dans les conditions et limites fixées par le code pénal (articles 226-13 et 226-14), rappelées à l'article 7. Face à une situation qui peut porter atteinte à l'intégrité physique ou psychique de la personne ou d'un tiers, il évalue avec discernement la conduite à tenir, dans le respect du secret et des obligations de signalement, et peut prendre conseil auprès de collègues expérimentés (article 17).
- Ce qu'on écrit. Les faits, les mots du patient, l'évaluation, les décisions et les personnes contactées.
- Ce qu'on partage. Avec les autres professionnels, uniquement les informations strictement nécessaires à la prise en charge (article 8). Recherchez l'accord du patient pour contacter son médecin ou un proche, et notez sa réponse.
- Qui peut lire. Le patient a un droit d'accès aux données qui le concernent (article 15 du RGPD). Si la note est versée au dossier d'un établissement de santé, l'article L1111-7 du code de la santé publique s'applique, avec ses règles propres en psychiatrie.
Les repères d'évaluation de cette page s'appuient sur la conférence de consensus « La crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge » (2000), publiée par la HAS. Elle rappelle qu'il ne faut pas hésiter à interroger directement le patient sur ses idées de suicide.
La trame, rubrique par rubrique
1. Cadre de l'entretien
Date, heures de début et de fin, lieu ou téléphone, entretien prévu ou demandé en urgence.
2. Contexte et élément déclencheur
Ce qui amène la crise maintenant, avec les mots du patient. Un conflit, un échec, une perte ou une rupture font partie des éléments précipitants cités par la conférence de consensus.
3. Idées suicidaires
Présence, fréquence, ancienneté, intensité, existence d'un scénario. Rapportez la réponse exacte à la question posée directement.
4. Les six éléments de dangerosité
La conférence de consensus propose d'explorer six points. Le niveau de souffrance (désespoir, repli, sentiment de dévalorisation ou de culpabilité). Le degré d'intentionnalité (scénario, recherche ou refus d'aide). Les éléments d'impulsivité (tension, agitation, passages à l'acte antérieurs). L'élément précipitant. L'accès à des moyens létaux (médicaments, arme). La qualité du soutien de l'entourage.
5. Antécédents et facteurs de risque
Tentatives antérieures, traitement en cours, consommations, isolement. Notez aussi les facteurs de protection (enfants à charge, projet, lien de confiance).
6. Niveau d'urgence
Concluez sur un niveau, faible, moyen ou élevé, en reprenant les critères de la conférence de consensus. Urgence faible quand la personne pense au suicide sans scénario précis et cherche des solutions. Urgence moyenne quand le scénario existe mais que sa réalisation est reportée. Urgence élevée quand le passage à l'acte est planifié pour les prochains jours, avec accès immédiat à un moyen, ou quand la personne paraît coupée de ses émotions ou très agitée. Un calme soudain et inexpliqué, ou des gestes qui ressemblent à des adieux, doivent fortement alerter.
7. Plan de protection
Construit avec le patient, sur le modèle du plan de sécurité de Stanley et Brown. Il comporte six étapes. Les signes d'alerte personnels. Ce que le patient peut faire seul pour s'apaiser. Les personnes et lieux qui changent les idées. Les proches à qui demander de l'aide. Les professionnels et numéros à joindre. La mise à distance des moyens. Le patient repart avec une copie.
8. Ressources données
En France, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 h/24 et 7 j/7. Des professionnels du soin formés à la prévention du suicide y répondent, aux personnes en détresse, à leurs proches et aux professionnels qui ont besoin d'un avis. En cas de danger immédiat, le 15 (SAMU) ou le 112. En Belgique, le Centre de prévention du suicide répond au 0800 32 123, gratuitement et 24 h/24. En Suisse, La Main Tendue répond au 143 et le 144 est le numéro des urgences.
9. Orientation et contacts
Décision prise et justification (retour à domicile avec rendez-vous rapproché, contact avec le médecin, accompagnement aux urgences, appel au 15). Notez qui a été appelé, à quelle heure, et ce qui a été convenu.
10. Suite
Prochain contact, appel de suivi, points à réévaluer.
Exemple rempli
Patiente fictive. Les éléments sont inventés.
Cadre. Mme D., 38 ans, suivie depuis cinq mois pour un épuisement professionnel. Séance prévue, 14 h à 15 h 10, au cabinet.
Contexte. Annonce de son licenciement il y a quatre jours. Son compagnon a quitté le domicile il y a deux mois. « Je ne vois plus à quoi je sers. »
Idées suicidaires. Question posée directement. Idées de suicide quotidiennes depuis trois jours, surtout le soir. Dit avoir pensé à prendre ses médicaments, sans date choisie. « Je ne le ferai pas tant que ma fille est là, mais j'y pense. »
Dangerosité. Souffrance importante, sentiment d'inutilité, repli depuis le licenciement. Scénario évoqué mais non planifié, demande d'aide exprimée en séance. Pas d'agitation. Une boîte de somnifères presque pleine à domicile. Une sœur proche, une fille de 12 ans en garde alternée.
Antécédents. Pas de tentative de suicide. Somnifère prescrit par le médecin traitant. Alcool en hausse depuis le départ du compagnon, deux à trois verres le soir.
Facteurs de protection. Lien fort avec sa fille, bonne alliance, accepte l'aide proposée.
Niveau d'urgence. Moyen. Scénario présent mais non planifié, demande d'aide, entourage disponible. Pas d'accalmie suspecte.
Plan de protection. Rempli ensemble. Ses signes d'alerte sont les soirées seule et la relecture des messages de son ancien employeur. Pour s'apaiser, elle peut sortir marcher. Elle peut appeler sa sœur ou une amie, puis son médecin traitant, le 3114 ou le 15. Elle accepte de confier les somnifères à sa sœur dès ce soir. Copie remise à la patiente.
Contacts. Avec l'accord de la patiente, appel au médecin traitant à 15 h 20 pour l'informer et demander un rendez-vous dans les 48 heures, obtenu pour le surlendemain. Appel de la patiente à sa sœur depuis le cabinet, qui passera la soirée avec elle.
Suite. Appel de suivi convenu demain à 18 h. Prochaine séance dans trois jours. Réévaluer les idées suicidaires, la consommation d'alcool et la mise à distance des moyens.
Les erreurs fréquentes
- Écrire « pas de risque suicidaire » sans préciser la question posée ni la réponse.
- Oublier l'accès aux moyens, alors que leur mise à distance est une mesure concrète.
- Ne pas noter l'heure de l'entretien et des appels passés.
- Rédiger seul le plan de protection, avec des formules qui ne sont pas celles du patient.
- Omettre l'accord du patient avant de contacter un proche ou un médecin, ou ne pas noter son refus.
- Ne pas prévoir de contact de suivi rapproché.
- Reporter la rédaction au lendemain.
Gagner du temps avec Delta
Delta est l'assistant clinique des professionnels de santé mentale et du paramédical. Pendant la séance, Delta transcrit ce qui se dit. Après un entretien de crise, vous pouvez aussi dicter vos observations et vos décisions, ou ajouter des notes écrites. Delta génère ensuite le compte rendu (résumé court, résumé détaillé, sujets pour la prochaine séance) en tenant compte de votre profession et de votre approche, puis met à jour le dossier du patient avec une synthèse du suivi et les objectifs suivis. Les données sont hébergées en France chez un hébergeur certifié HDS, le nom et les informations identifiantes sont pseudonymisés avant l'IA, aucun fichier audio n'est conservé et les données ne servent jamais à entraîner un modèle. L'évaluation du risque et les décisions restent celles du praticien. En savoir plus sur Delta.
À lire aussi
- Anamnèse et premier entretien, modèle et trame
- Examen de l'état mental, modèle et exemple
- Courrier du psychologue au médecin traitant
- Notes de séance du psychologue, modèle et exemples
- Tous les modèles de documents cliniques
Comment évaluer le risque suicidaire en séance ?
Posez directement la question des idées de suicide, puis explorez la souffrance, l'intention, l'impulsivité, le déclencheur, l'accès aux moyens et l'entourage. Concluez sur un niveau d'urgence et une conduite à tenir.
Qu'est-ce que le 3114 ?
C'est le numéro national de prévention du suicide en France. Il est gratuit et joignable 24 h/24 et 7 j/7. Des professionnels du soin formés à la prévention du suicide répondent aux personnes en détresse, à leurs proches et aux professionnels qui souhaitent un avis.
Qu'est-ce qu'un plan de protection ?
C'est un document court, construit avec le patient sur le modèle de Stanley et Brown. Il liste ses signes d'alerte, ce qu'il peut faire seul, les personnes et numéros à contacter, et la mise à distance des moyens. Le patient repart avec.
Le psychologue peut-il lever le secret en cas de risque suicidaire ?
Le code de déontologie demande d'évaluer avec discernement la conduite à tenir face à un danger pour la personne ou un tiers, dans le respect du secret et des obligations légales, en prenant conseil si besoin. Cherchez d'abord l'accord du patient pour contacter un médecin ou un proche. En cas de danger immédiat, appelez le 15.
Sources
- Santé.fr, le numéro national de prévention du suicide (3114)
- HAS (ANAES), La crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge, conférence de consensus, 2000
- Santé Mentale, un plan de protection contre la récidive suicidaire (2021)
- Code de déontologie des psychologues, version actualisée de 2021 (articles 7, 8 et 17)
Essayer Delta pendant 14 jours
Prise de notes en direct ou par dictée, compte rendu de chaque séance et dossier patient à jour, sur une infrastructure certifiée HDS.
Essayer gratuitement