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Plan de prévention de la rechute en psychothérapie (TCC) : modèle à remplir avec le patient

Modèle complet de plan de prévention de la rechute en TCC, version courte pour le patient, exemple rempli, repères NICE et HAS, et lien avec la note de fin et la synthèse de fin de suivi.

Pays concernés : Belgique, Suisse, France, Royaume-Uni, Irlande

Le plan de prévention de la rechute est un document court, rédigé avec le patient dans les dernières séances d'une thérapie, qui rassemble ce qu'il a appris, les signes qui doivent l'alerter, les situations à risque des mois à venir, ce qu'il fera s'il va moins bien et quand reprendre contact. Il appartient au patient : c'est lui qui le garde, le relit et le met à jour. Nous conseillons d'en garder une copie dans le dossier.

Vous trouverez ici le modèle à copier, une version d'une page pour le patient et un exemple rempli. Cet article complète notre modèle de plan de traitement, qui fait de ce plan un critère de fin, et notre modèle de synthèse de fin de suivi, qui en reprend les signes d'alerte.

À quoi sert le plan en fin de thérapie

Le plan sert à trois choses : transformer ce qui a été fait en séance en consignes que le patient peut appliquer seul, lui faire reconnaître tôt un début de rechute (quand il est encore facile d'agir), et dédramatiser un faux pas pour qu'il ne devienne pas un abandon de tout ce qui a été appris.

Le contenu change selon le trouble.

  • Dépression : signes précoces souvent discrets (sommeil, retrait social, abandon d'activités plaisantes, rumination). La stratégie habituelle : relancer l'activation comportementale tôt.
  • Troubles anxieux : le premier signe est souvent le retour de l'évitement ou des comportements de sécurité, avant même l'angoisse. Le plan donne un exercice d'exposition précis à refaire.
  • TOC : signes à repérer dans le temps passé aux rituels, les demandes de réassurance à l'entourage, les nouveaux évitements. Le plan précise comment l'entourage répond aux demandes de réassurance.
  • Addictions : on y travaille sur les situations à haut risque et l'envie (craving), dans la lignée du modèle de prévention de la rechute de Marlatt. La distinction entre faux pas (une consommation) et rechute (retour au mode de consommation antérieur) y est centrale. Voir aussi nos notes de séance en addictologie.

Pour tout patient, le plan peut faire figurer les numéros officiels d'aide (en France, le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h sur 24).

Ce que disent les sources reconnues

  • NICE, standard de qualité QS8, énoncé 3 (mis à jour en 2023) : les adultes déprimés à risque élevé de rechute bénéficient d'interventions de prévention de la rechute, après avoir discuté avec le professionnel de la poursuite du traitement. Dans une psychothérapie, elles consistent à revoir ce qui a aidé, faire des plans concrets pour maintenir les progrès, identifier déclencheurs et signes d'alerte, et prévoir les événements difficiles des 12 prochains mois. Facteurs de risque cités : épisodes récurrents, symptômes résiduels, épisode sévère, comorbidités, évitement ou rumination, facteurs personnels ou sociaux encore présents. (source)
  • HAS, épisode dépressif caractérisé de l'adulte (2017) : la phase de consolidation a pour objectif « de prévenir la rechute de l'épisode ». Pour un épisode modéré ou sévère en rémission complète, elle recommande de poursuivre l'antidépresseur éventuel 6 mois à 1 an et de « poursuivre la psychothérapie éventuellement engagée ». Elle ne donne ni liste de signes précoces ni modèle de plan : c'est le travail à faire avec le patient. (source, p. 15 et 16)
  • Praticiens de TCC : le Dr Matthew Pugh (Psychology Tools, 2026) conseille de l'introduire avant la dernière séance, de l'ancrer dans la formulation, de distinguer signes précoces et tardifs et d'en faire un document vivant.

Plan de prévention, plan de sécurité, synthèse de fin : qui fait quoi

  • Plan de prévention de la rechute : pour le patient, rédigé avec lui, dans ses mots. Il le garde.
  • Plan de sécurité : document distinct, propre au risque suicidaire, qui n'est pas traité ici.
  • Note de la dernière séance : pour vous. Voir notre modèle de note de séance TCC.
  • Synthèse de fin de suivi : pour le dossier et un éventuel relais, une page sur tout le suivi.

Le modèle complet à copier

Huit rubriques. Remplissez-les avec le patient, à partir de sa formulation de cas (par exemple une formulation en 5 P), puis supprimez les questions-guides.

1. En-tête

  • Prénom du patient, date de rédaction, date de la prochaine relecture
  • Praticien, coordonnées du cabinet, modalités pour reprendre rendez-vous
  • Version (le plan sera mis à jour : numérotez-le)

2. Ce qui m'a amené en thérapie et ce qui a changé

  • Le problème de départ, dans les mots du patient
  • Le cercle vicieux compris en séance
  • Avant / maintenant : deux ou trois comparaisons concrètes

3. Ce que j'ai appris et ce qui m'aide le plus

  • Les trois outils les plus utiles, chacun avec une consigne d'utilisation
  • Le principe général derrière ces outils (par exemple « éviter entretient la peur »)
  • Une expérience ou un moment de thérapie qui m'a marqué

4. Mes signes avant-coureurs

  • Signes précoces (ce que je remarque en premier : sommeil, retrait, évitement, irritabilité, pensées typiques)
  • Signes tardifs (le moment où il faut agir sans attendre)
  • Ce que mon entourage remarque avant moi

5. Mes situations à risque dans les 12 prochains mois

  • Événements prévisibles (déménagement, examen, anniversaire d'un deuil, fin de contrat, arrêt d'un traitement décidé avec le médecin)
  • Situations récurrentes qui me fragilisent (fatigue, conflits, période de l'année)

6. Mon plan d'action

  • Si je repère un signe précoce : ce que je fais dans la semaine (reprendre tel exercice, relire telle fiche, planifier telle activité)
  • Si un faux pas arrive : ce que je me dis (un faux pas n'efface pas ce que j'ai appris) et ce que je fais le lendemain
  • Ce que je maintiens chaque semaine même quand tout va bien
  • Une « séance avec moi-même » : date, durée, questions à me poser

7. Mes personnes ressources

  • Un ou deux proches, ce qu'ils savent du plan, ce que je peux leur demander
  • Mon médecin traitant, et le prescripteur s'il y a un traitement
  • Le cabinet du praticien
  • Les numéros officiels d'aide de mon pays (en France, le 3114)

8. Quand reprendre contact

  • Un critère concret (par exemple « signes précoces présents depuis deux semaines malgré le plan »)
  • La séance de rappel prévue : date ou délai
  • Qui contacter si je ne peux pas attendre la séance de rappel (médecin traitant, cabinet)

La version courte pour le patient

Certains patients ne relisent pas un document de deux pages. Nous conseillons de leur remettre aussi une version d'une page, à garder dans un téléphone ou sur le frigo.

  • Mes signes d'alerte : trois signes, dans mes mots.
  • Mes trois outils : une ligne chacun.
  • Mes moments à risque cette année : deux ou trois dates ou situations.
  • Si je vais moins bien : ce que je fais d'abord, qui j'appelle.
  • Je reprends rendez-vous si : un critère clair, et le numéro du cabinet.
  • Numéro d'aide : le numéro officiel de mon pays (3114 en France).

Exemple fictif entièrement rempli

Mme L., 31 ans, trouble anxieux généralisé, 14 séances de TCC. Cas inventé, plan rédigé sur les séances 12 à 14.

1. En-tête

Mme L., rédigé le 14 mai, version 1. Relecture prévue lors de la séance de rappel en septembre. Reprise de rendez-vous par message au cabinet.

2. Ce qui m'a amenée et ce qui a changé

« Je m'inquiétais de tout, surtout pour ma santé et mon travail. » Cercle compris : m'inquiéter me donnait l'impression de me préparer ; je vérifiais mes mails jusqu'au coucher et demandais à mon compagnon de me rassurer. Avant : des heures d'inquiétude par jour, réveils presque chaque nuit. Maintenant : un « temps d'inquiétude » de 20 minutes, des nuits presque toujours complètes.

3. Ce que j'ai appris

  • Temps d'inquiétude : je note l'inquiétude et je la reporte à 18 h, 20 minutes maximum.
  • Distinguer problème réel et hypothétique : réel, je fais un plan d'action ; hypothétique, je le laisse passer sans y répondre.
  • Tolérer l'incertitude : je fais exprès de ne pas vérifier une chose par jour.
  • Principe : chercher à être sûre entretient l'anxiété.

4. Mes signes avant-coureurs

  • Précoces : je recommence à relire mes mails avant de dormir ; je demande « tu crois que c'est grave ? » plus d'une fois par jour ; tensions dans les épaules.
  • Tardifs : réveils nocturnes plusieurs nuits de suite ; j'évite d'ouvrir mes résultats médicaux.
  • Ce que mon compagnon remarque avant moi : je deviens irritable et je parle sans cesse du travail.

5. Situations à risque des 12 prochains mois

  • Entretien annuel en novembre : je prépare trois points, pas plus.
  • Bilan de santé en janvier : aucune recherche internet sur les symptômes.

6. Mon plan d'action

  • Signe précoce : je reprends la fiche « réel ou hypothétique » chaque jour pendant deux semaines et je remets en place la coupure des mails à 20 h.
  • Faux pas (une soirée entière à ruminer) : je le note, sans conclure que « tout revient », et je reprends le temps d'inquiétude le lendemain.
  • Chaque semaine : sport deux fois, un appel à une amie.
  • Séance avec moi-même le premier dimanche du mois : qu'ai-je évité ? qu'ai-je vérifié ?

7. Mes personnes ressources

  • Mon compagnon : s'il me voit chercher à être rassurée, il me rappelle la fiche au lieu de me rassurer.
  • Mon médecin traitant, le cabinet ; le 3114, numéro national gratuit.

8. Quand reprendre contact

  • Si les signes précoces durent plus de deux semaines malgré le plan, ou dès qu'un signe tardif apparaît.
  • Séance de rappel : septembre, déjà fixée.

Comment le construire sur les dernières séances

Il n'existe pas de calendrier officiel. Voici celui que nous conseillons pour une TCC courte.

  • Deux ou trois séances avant la fin : rappelez le nombre de séances restantes et donnez les rubriques 2 à 4 à préparer.
  • Séance suivante : relisez ce que le patient a écrit, complétez avec la formulation, travaillez les rubriques 5 et 6. Proposez-lui de demander à un proche ce qu'il remarque quand ça ne va pas.
  • Dernière séance : relecture finale, version courte, remise d'une copie, date de la séance de rappel.
  • Séance de rappel : quelques semaines à quelques mois plus tard. On relit le plan ensemble, on vérifie ce qui a été utilisé, on le met à jour (nouvelle version datée).

Le relier à la note de séance et à la synthèse de fin

  • Note de la dernière séance : « plan de prévention de la rechute remis (version 1) », les trois signes d'alerte principaux, la date de la séance de rappel.
  • Synthèse de fin de suivi : une ligne qui renvoie au plan et en reprend les signes d'alerte. Inutile de le recopier.
  • Dossier : une copie du plan et de ses versions. À la séance de rappel, une note brève : ce qui a servi, ce qui a changé.

Pour l'ensemble des documents d'un suivi, voir nos modèles de documents cliniques.

Erreurs fréquentes

  • Le rédiger seul, à la dernière séance : le patient le reçoit comme un document de sortie et ne s'y retrouve pas.
  • Des signes génériques (« humeur basse », « stress ») au lieu des signes propres au patient. Un bon signe est observable et précoce.
  • Des stratégies sans consigne : « faire de l'exposition » ne dit pas quoi faire mardi. Écrivez l'exercice.
  • Oublier les 12 prochains mois : les événements prévisibles (examens, anniversaires de deuil, arrêt d'un traitement) sont les plus faciles à préparer.
  • Pas de seuil pour revenir : sans critère clair, le patient attend trop ou n'ose pas reprendre contact.
  • Un plan figé : datez-le, numérotez-le, relisez-le à la séance de rappel.

Pourquoi Delta est fait pour ce moment du suivi

Delta garde la mémoire de chaque patient : après chaque séance (transcription en direct ou dictée de vos observations), il génère le compte rendu en tenant compte de votre approche, TCC comprise, et met à jour la synthèse du suivi et les objectifs suivis. Pour préparer le plan, tout est au même endroit. Les données restent en Europe, en France, sur une infrastructure certifiée pour les données de santé (HDS), et le nom du patient est pseudonymisé avant l'IA. Voir aussi notre page pour les thérapeutes.

Quand faut-il commencer le plan de prévention de la rechute en TCC ?

Nous conseillons de l'introduire deux ou trois séances avant la fin, une fois les objectifs principaux atteints, et de le finaliser à la dernière séance.

Quelle différence entre plan de prévention de la rechute et plan de sécurité ?

Le plan de prévention de la rechute porte sur le retour des symptômes (signes, situations à risque, stratégies). Le plan de sécurité est un document distinct, propre au risque suicidaire, que cet article ne traite pas. Le premier peut indiquer les numéros officiels d'aide (3114 en France), sans remplacer le second.

Faut-il prévoir une séance de rappel après une TCC ?

Aucune des recommandations citées ici ne l'impose. Nous la conseillons : elle permet de relire le plan, de voir ce qui a servi et de le mettre à jour.

Peut-on impliquer un proche dans le plan ?

Oui, avec l'accord du patient. Un proche remarque souvent les signes précoces (retrait, irritabilité) avant le patient. Le plan peut préciser ce que ce proche sait, ce qu'il peut faire et ce qu'il doit éviter, par exemple ne pas rassurer à la demande dans un TOC ou un trouble anxieux.

Sources

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