Note de séance en thérapie des schémas : modèle et exemple
Ce qu'une note de séance en thérapie des schémas doit contenir (schémas, modes, besoins, techniques), un modèle à copier, un exemple fictif rempli, une grille de suivi des modes et les règles de dossier.
Pays concernés : Belgique, Suisse, France, Royaume-Uni, Irlande
Une note de séance en thérapie des schémas est le compte rendu court, daté et factuel d'une séance, qui indique quels schémas précoces inadaptés ont été activés, quels modes sont apparus et comment ils ont évolué, quel besoin affectif était en jeu, quelle technique a été utilisée et ce qu'elle a produit et son lien avec le plan de traitement. Elle sert à suivre le patient, pas à raconter la séance.
Le vocabulaire à utiliser dans la note
Reprenez les termes du modèle de Young tels que les ouvrages de référence les définissent. Les traductions françaises varient d'un livre à l'autre. Sauf mention de l'ouvrage de Bernard Pascal, les termes français ci-dessous sont notre traduction du Cambridge Guide to Schema Therapy, avec le terme anglais entre parenthèses. Gardez la même traduction dans tout le dossier.
Schémas précoces inadaptés
Le Cambridge Guide décrit 18 schémas répartis en 5 domaines : séparation et rejet (Disconnection and Rejection), manque d'autonomie et de performance (Impaired Autonomy and Performance), manque de limites (Impaired Limits), orientation vers les autres (Other-Directedness), survigilance et inhibition (Overvigilance and Inhibition). Dans l'ouvrage de Bernard Pascal (Elsevier Masson), on lit par exemple Imperfection/Honte, Échec, Dépendance/Incompétence, Idéaux exigeants, Punition. Dans la note, un schéma s'écrit avec ce qui l'a montré : une phrase du patient, une réaction, un comportement.
Styles d'adaptation et modes
Les trois styles d'adaptation sont la soumission (surrender), l'évitement (avoidance) et la surcompensation (overcompensation). Un mode est défini par Young, Klosko et Weishaar (2003) comme l'ensemble des schémas ou des opérations de schémas, adaptatifs ou non, actifs à un moment donné. Le Cambridge Guide classe les modes en quatre groupes (noms traduits par nos soins) : modes enfant, dont Enfant vulnérable (Vulnerable Child), Enfant en colère (Angry Child), Enfant impulsif (Impulsive Child) ; modes critiques, soit critique punitif (Punitive Critic), critique exigeant (Demanding Critic), critique culpabilisant (Guilt-Inducing Critic) ; modes d'adaptation, dont Protecteur détaché (Detached Protector), Soumis obéissant (Compliant Surrenderer), modes de surcontrôle (Overcontroller modes) ; et Adulte sain (Healthy Adult). Pascal, en français, parle de Mode Enfant Vulnérable, Mode Protecteur Détaché, Mode Parent Critique/Punitif et Mode Adulte Sain.
Besoins affectifs fondamentaux
Le Cambridge Guide retient cinq besoins d'origine (notre traduction) : liens d'attachement sûrs ; autonomie, compétence et sentiment d'identité ; liberté d'exprimer des besoins et des émotions légitimes ; spontanéité et jeu ; limites réalistes et maîtrise de soi. Nommer le besoin en jeu à chaque séance est ce qui distingue une note de schémas d'une note de TCC.
Techniques
Vous noterez surtout l'imagerie (dont le reparentage en imagerie), le travail de chaises et la chaise vide, le reparentage limité (que l'ISST décrit comme l'établissement d'un attachement sûr à travers le thérapeute), la confrontation empathique, les fiches mémo (flashcards), et les techniques cognitives et comportementales.
Ce qu'une note de séance en thérapie des schémas doit contenir
Aux rubriques de toute note de séance (repères, contenu, intervention, réponse, suite), une note de schémas ajoute cinq rubriques : schémas activés avec leur indice, séquence des modes, besoin non satisfait, Adulte sain et relation thérapeutique. La séquence des modes est la plus utile pour suivre l'évolution.
Pour la structure générale, voyez aussi notre modèle de note de séance TCC et nos notes de séance en thérapie ACT, deux approches voisines.
Modèle de note de séance en thérapie des schémas, prêt à copier
Copiez ce modèle et remplacez les consignes entre parenthèses.
- Patient : (initiales ou identifiant interne)
- Date, séance n°, durée : (jj/mm/aaaa, n°, minutes)
- Phase du traitement : (évaluation et formulation / travail sur les modes / autonomisation et fin)
- Objectif du plan visé aujourd'hui : (recopier l'objectif tel qu'il figure dans le plan)
- Événements depuis la dernière séance : (faits marquants, tâche ou fiche mémo utilisée ou non)
- Déclencheur travaillé : (situation précise, quand, avec qui, une citation courte du patient)
- Schémas activés : (nom du schéma, indice observé ; deux ou trois au plus)
- Style d'adaptation : (soumission / évitement / surcompensation, et le comportement qui le montre)
- Séquence des modes en séance : (mode 1, puis mode 2, puis mode 3 ; ce qui a fait passer de l'un à l'autre)
- Intensité des modes : (si vous utilisez une échelle, toujours la même, par exemple 0 à 10, avant et après la technique)
- Besoin affectif non satisfait : (attachement sûr / autonomie et compétence / expression des besoins et émotions / spontanéité et jeu / limites réalistes)
- Technique : (imagerie, reparentage en imagerie, chaises, confrontation empathique, fiche mémo… ; sur quel matériel)
- Déroulé de la technique : (trois à cinq lignes, faits observables)
- Réponse du patient : (émotion, soulagement, résistance, ce qui a changé)
- Adulte sain : (ce que le patient a pu dire ou faire depuis cette position)
- Relation thérapeutique : (reparentage limité, confrontation empathique, rupture et réparation)
- Lien avec la formulation : (confirmée / à revoir sur tel point)
- Entre les séances : (fiche mémo remise, exercice, observation des modes)
- Prochaine séance : (sujet à reprendre, technique envisagée)
Exemple fictif entièrement rempli
Patiente fictive, aucune donnée réelle. Mme L., 34 ans, cadre, suivie pour une humeur dépressive et une autocritique massive. Formulation retenue : schémas Imperfection/Honte et Idéaux exigeants, mode critique punitif fort, Protecteur détaché comme mode d'adaptation principal.
- Patient : L. A.
- Date, séance n°, durée : 14/10/2026, séance 14, 50 minutes
- Phase du traitement : travail sur les modes
- Objectif du plan visé aujourd'hui : réduire l'emprise du critique punitif après une erreur au travail
- Événements depuis la dernière séance : fiche mémo relue trois fois selon la patiente ; une soirée annulée avec une amie
- Déclencheur travaillé : remarque de sa responsable sur une coquille dans un rapport, lundi. « Je me suis dit que j'étais nulle, que tout le monde allait le voir. »
- Schémas activés : Imperfection/Honte (honte intense, envie de disparaître) ; Idéaux exigeants (a relu le rapport jusqu'à 1 h du matin)
- Style d'adaptation : évitement (annulation de la soirée, retrait) puis surcompensation (relectures répétées)
- Séquence des modes en séance : Protecteur détaché en début de séance (récit plat, « ce n'est pas grave ») ; critique punitif quand le thérapeute revient sur la remarque (« je mérite qu'on me le dise ») ; Enfant vulnérable pendant la chaise vide (pleurs, « j'ai peur qu'on ne veuille plus de moi »)
- Intensité des modes : critique punitif 8 sur 10 avant, 4 sur 10 après ; Enfant vulnérable 7 sur 10 pendant, 3 sur 10 en fin de séance (échelle 0 à 10 définie avec la patiente en séance 6)
- Besoin affectif non satisfait : attachement sûr (être acceptée malgré l'erreur)
- Technique : travail de chaises (chaise du critique punitif, chaise de l'Enfant vulnérable), puis courte imagerie de la même scène
- Déroulé de la technique : la patiente donne la voix au critique ; le thérapeute, en Adulte sain, le limite. Sur l'autre chaise, elle dit ce que ressent la petite fille. Imagerie : elle se voit enfant, son père corrige ses devoirs ; le thérapeute entre dans l'image et protège l'enfant.
- Réponse du patient : pleurs puis apaisement ; dit sentir « moins de poids sur la poitrine »
- Adulte sain : en fin d'exercice, formule seule « une coquille n'est pas une faute grave, je peux la corriger »
- Relation thérapeutique : reparentage limité (validation de la peur du rejet) ; confrontation empathique sur l'annulation de la soirée, bien reçue
- Lien avec la formulation : confirmée ; le lien entre le critique punitif et les corrections paternelles se précise
- Entre les séances : nouvelle fiche mémo écrite ensemble (« Quand je fais une erreur, le critique crie. Ce que je sais en tant qu'adulte : une erreur se corrige. Ce dont j'ai besoin : un mot gentil, pas une punition. ») ; noter chaque jour le mode présent après une erreur
- Prochaine séance : reprendre l'imagerie du père
Suivre l'évolution des modes d'une séance à l'autre
Une note isolée dit peu de choses ; ce qui compte est l'évolution du même mode sur des mois. Nous conseillons une courte grille dans le dossier, une ligne par séance, toujours les mêmes colonnes. Exemple fictif pour Mme L. :
- Séance 6 : mode dominant critique punitif 9 sur 10 ; Adulte sain absent ; technique : psychoéducation des modes, carte des modes
- Séance 10 : critique punitif 8 sur 10 ; Adulte sain repris du thérapeute ; technique : imagerie
- Séance 14 : critique punitif 8 puis 4 sur 10 ; Adulte sain formulé seul en fin de séance ; technique : chaises puis imagerie
- Séance 18 : (à remplir)
Cette grille relie la note au modèle de formulation de cas et au plan de traitement en psychothérapie : quand la grille ne bouge plus pendant plusieurs séances, c'est le signal qu'il faut revoir l'un ou l'autre. Gardez la même échelle d'intensité tout le suivi et notez-la en tête de la grille.
Ce que l'on écrit dans le dossier, et ce que l'on garde à part
En France, le code de déontologie des psychologues de 2021 pose, à l'article 23, que « la·le psychologue recueille, traite, classe et archive ses notes personnelles et les données afférentes à son activité de manière à préserver la vie privée des personnes en garantissant le respect du secret professionnel ». L'article 19 ajoute que, lorsque le psychologue interrompt son activité, « les documents afférents à son activité peuvent être transmis ou détruits, en respectant les procédures offrant toutes garanties de préservation de la confidentialité ». Si vous êtes psychothérapeute ou psychopraticien, nous conseillons de suivre les mêmes repères.
Le RGPD donne aussi au patient un droit d'accès à ses données. La CNIL rappelle que le professionnel répond « dans un délai maximum d'un mois » et que la personne peut obtenir « une copie de ces données ». Voyez notre page sur l'accès du patient au dossier.
Concrètement, nous conseillons :
- À écrire : faits, citations courtes, schémas et modes nommés avec leur indice, techniques, réponse du patient, tâches, lien avec le plan.
- À formuler avec soin : les noms de modes, écrits comme vous les avez présentés au patient pendant la psychoéducation.
- À garder hors du dossier partagé : hypothèses en cours, vos propres schémas activés, éléments sur des tiers inutiles au suivi. Leur place est dans vos notes de supervision.
- À ne pas écrire : le récit de l'imagerie mot à mot, des jugements sur la personne.
Sur la durée de conservation, le code de déontologie de 2021 ne fixe pas de durée. Le référentiel de la CNIL pour les cabinets médicaux et paramédicaux s'adresse aux professionnels de santé exerçant à titre libéral ; il ne cite ni les psychologues ni les psychothérapeutes. Il indique que les données peuvent être conservées « pendant une durée de vingt ans à compter de la date de la dernière prise en charge du patient ». Ce n'est donc pas une obligation pour vous : nous conseillons de vous en servir comme repère et d'écrire votre durée dans votre information patient. Voyez aussi notre page sur la durée de conservation du dossier patient.
En Belgique et en Suisse, les règles diffèrent (APD, PFPDT) : nous conseillons de vérifier auprès de votre autorité et de votre fédération. Au Royaume-Uni, le cadre éthique de la BACP (§15) demande des dossiers « adequate, relevant and limited to what is necessary for the type of service being provided ».
Les erreurs fréquentes
- Lister tous les schémas à chaque séance. Deux ou trois, vraiment travaillés, suffisent.
- Noter les modes sans leur ordre, donc sans ce qui a fait passer de l'un à l'autre.
- Oublier le besoin. Sans besoin nommé, la note ressemble à une note de TCC et le reparentage n'a plus de cible.
- Oublier l'Adulte sain, qui montre le progrès.
- Écrire des étiquettes sur la personne (« patiente manipulatrice ») au lieu de décrire un mode et ce qui l'a montré.
- Couper la note du plan : aucune séance ne cite d'objectif.
Liste de vérification avant de valider la note
- Date, numéro de séance et phase sont indiqués.
- Le déclencheur est concret ; chaque schéma cité a son indice.
- La séquence des modes est écrite dans l'ordre, avec ce qui a fait passer de l'un à l'autre.
- Le besoin non satisfait est nommé.
- L'Adulte sain est mentionné, même pour dire qu'il était absent.
- L'objectif du plan, la grille de suivi et la tâche entre les séances sont à jour.
- Rien ne blesserait le patient s'il lisait la note.
Vous trouverez d'autres modèles dans notre page modèles de documents cliniques.
Pourquoi Delta convient à la thérapie des schémas
En thérapie des schémas, il faut suivre les mêmes modes sur des mois. Delta est l'assistant clinique qui garde la mémoire de chaque patient : il tient compte de votre approche, génère le compte rendu de chaque séance (résumé court, résumé détaillé, sujets pour la prochaine séance) et met à jour le dossier (synthèse du suivi, objectifs suivis). Vous retrouvez au même endroit l'évolution des modes.
Vous choisissez la façon de prendre les notes : pendant la séance, Delta transcrit ce qui se dit ; après la séance, vous dictez vos observations. Les données sont hébergées en France chez un hébergeur certifié HDS, les informations identifiantes sont pseudonymisées avant l'IA et aucun fichier audio n'est conservé.
Faut-il écrire les noms des modes dans le dossier si le patient peut le lire ?
Oui, écrits comme vous les avez présentés au patient pendant la psychoéducation, car il peut demander une copie de ses données. Décrivez le mode et ce qui l'a montré, sans jugement ; vos hypothèses vont dans vos notes de supervision.
Comment noter une séance d'imagerie sans tout retranscrire ?
En trois à cinq lignes : la scène de départ, ce que vous avez fait dans l'image (par exemple, entrer dans l'image et protéger l'enfant), la réponse émotionnelle du patient et l'intensité avant et après si vous utilisez une échelle.
Comment suivre l'évolution des modes sur plusieurs mois ?
Nous conseillons une grille d'une ligne par séance : mode dominant, intensité sur une échelle fixe, présence de l'Adulte sain, technique utilisée. Quand elle ne bouge plus pendant plusieurs séances, revoyez la formulation de cas ou le plan.
Quelle différence entre la note de séance et la carte des modes ?
La carte des modes fait partie de la formulation de cas : elle décrit les modes du patient et leurs liens, et change rarement. La note de séance décrit ce qui s'est passé lors d'une séance précise.
Combien de temps garder les notes de séance en thérapie des schémas ?
En France, le code de déontologie des psychologues de 2021 ne fixe pas de durée de conservation. Le référentiel CNIL des cabinets médicaux et paramédicaux, qui vise les professionnels de santé libéraux et ne cite pas les psychologues, retient vingt ans après la dernière prise en charge. Nous conseillons de le prendre comme repère, sans en faire une obligation, et d'indiquer votre durée dans votre information patient.
Sources
- Code de déontologie des psychologues, version 2021 (articles 19 et 23)
- CNIL, référentiel relatif à la gestion des cabinets médicaux et paramédicaux
- CNIL, comment répondre à une demande de droit d'accès
- Cambridge Guide to Schema Therapy, chapitre 1 : besoins, schémas, styles d'adaptation et modes
- International Society of Schema Therapy (ISST), Limited Reparenting
Vocabulaire français : Bernard Pascal, La thérapie des schémas, Elsevier Masson. Pages consultées le 01/11/2026.
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