Tous les articles

Notes de séance ACT : une trame autour des six processus, avec un exemple rempli

En thérapie d'acceptation et d'engagement, la note de séance ne suit pas seulement les symptômes. Elle garde la trace de la façon dont le patient vit ses pensées et ses émotions, et de ce qu'il fait pour ce qui compte pour lui.

Pays concernés : Belgique, Suisse, France

Ce qu'une note ACT doit permettre de suivre

La thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) a été décrite par Steven C. Hayes, Kirk D. Strosahl et Kelly G. Wilson dans un ouvrage paru en 1999 et révisé en 2011. Son but est la flexibilité psychologique. L'Association for Contextual Behavioral Science (ACBS), la société savante de l'ACT, la définit comme la capacité à être pleinement en contact avec le moment présent, et à changer ou poursuivre un comportement quand cela sert ce qui compte pour la personne.

Le travail ne vise donc pas d'abord à faire disparaître une pensée ou une émotion pénible, mais à ce qu'elle ne décide plus de ce que fait le patient. À chaque séance, la note répond à trois questions.

  • Quel processus a été travaillé, et qu'est-ce qui a bougé ?
  • Où en est le patient avec ses valeurs et les actions qu'il s'était engagé à faire ?
  • Qu'est-ce qui est convenu pour la suite, et quel obstacle intérieur est attendu ?

Pour le cadre général des notes du psychologue (contenu utile, statut, conservation), voyez notre article Notes de séance du psychologue : cadre, contenu et modèle. Ici, on se concentre sur ce qui est propre à l'ACT.

Ce qui change par rapport à une note TCC classique

L'ACT est souvent rangée parmi les thérapies comportementales et cognitives dites de troisième vague, et beaucoup de praticiens mélangent les deux. Mais la note ne regarde pas les mêmes choses. Pour la trame TCC complète, voyez notre modèle de note de séance TCC. Voici seulement les différences.

  • Ce qu'on suit
    • Note TCC classique. La baisse des symptômes et des comportements problèmes.
    • Note ACT. La flexibilité psychologique et les actions faites pour ce qui compte.
  • Les pensées
    • Note TCC classique. Leur contenu, examiné et remis en question.
    • Note ACT. Leur effet sur le comportement, et à quel point le patient y croit.
  • Les émotions pénibles
    • Note TCC classique. Leur intensité, qu'on cherche à faire baisser.
    • Note ACT. Ce que le patient fait quand elles arrivent (lutter, fuir, les laisser là) et ce que ça lui coûte.
  • Les tâches entre séances
    • Note TCC classique. Une tâche technique (exposition, carnet de pensées).
    • Note ACT. Une action engagée reliée à une valeur, avec l'obstacle intérieur attendu.
  • Les mesures
    • Note TCC classique. Échelles de symptômes, anxiété avant et après un exercice.
    • Note ACT. Questionnaires de processus, crédibilité d'une pensée, cohérence entre valeurs et actions.

Les six processus, et ce qu'on note pour chacun

Le modèle de l'ACT décrit six processus, souvent dessinés sur un hexagone, d'où le surnom d'« hexaflex ». Les termes ci-dessous sont les plus courants en français. Vous croiserez aussi « distanciation » pour la défusion, « pleine conscience » pour le moment présent, « soi observateur » pour le soi comme contexte et « engagement » pour l'action engagée. Choisissez une version et gardez-la dans tous vos dossiers.

  • Acceptation
    • Ce que vous pouvez observer. Le patient laisse venir une émotion ou une sensation au lieu de lutter. Ou il évite, change de sujet, arrête dès que l'inconfort arrive.
    • Exemple de formulation. « A pu rester 3 minutes avec la boule dans la gorge sans quitter l'exercice. »
  • Défusion
    • Ce que vous pouvez observer. Le patient voit une pensée comme une pensée, pas comme un fait. Selon l'ACBS, on cherche à baisser sa crédibilité, pas sa fréquence.
    • Exemple de formulation. « Pensée "je suis nul", crédibilité 90 en début de séance, 60 après l'exercice. »
  • Contact avec le moment présent
    • Ce que vous pouvez observer. Le patient décrit ce qu'il vit ici et maintenant, sans juger. Ou il est happé par le passé ou l'avenir.
    • Exemple de formulation. « Exercice de 5 minutes sur la respiration. Distrait par la réunion du lendemain, y revient seul trois fois. »
  • Soi comme contexte
    • Ce que vous pouvez observer. Le patient observe ses pensées et ses émotions sans se résumer à l'histoire qu'il se raconte sur lui.
    • Exemple de formulation. « Distingue "je suis quelqu'un d'anxieux" et "je remarque de l'anxiété en ce moment". »
  • Valeurs
    • Ce que vous pouvez observer. Le patient nomme ce qui compte pour lui, comme une direction et non comme un but.
    • Exemple de formulation. « Famille. Valeur dite par la patiente, "être une mère qui joue avec ses enfants". »
  • Action engagée
    • Ce que vous pouvez observer. Le patient fait des pas concrets vers ses valeurs, même avec l'inconfort.
    • Exemple de formulation. « A appelé sa sœur comme prévu. Anxiété présente, n'a pas écourté l'appel. »

Chaque processus a son revers, ce qu'on voit quand le patient est bloqué. L'article de référence de Hayes et ses collègues (2006) décrit surtout deux mécanismes. La fusion cognitive, quand les pensées dirigent le comportement comme des ordres. L'évitement expérientiel, quand la personne cherche à changer ou fuir ses pensées, émotions et sensations, même au prix de ce qui compte pour elle. Notez ces moments autant que les progrès.

Ne remplissez pas les six processus à chaque séance. Notez les un à trois processus réellement travaillés, sinon la note ne montre plus ce qui a bougé.

Suivre les valeurs et les actions engagées d'une séance à l'autre

C'est la partie la plus propre à l'ACT. L'ACBS décrit les valeurs comme des qualités d'action choisies, qui se vivent au jour le jour et ne s'atteignent jamais comme un objet. « Être un ami fidèle » est une valeur. « Revoir Paul avant la fin du mois » est un objectif. « Envoyer un message à Paul mardi soir » est une action engagée.

Pour chaque valeur, notez les mots exacts du patient et le domaine de vie (famille, amitiés, travail, santé…). Pour chaque action engagée, notez quoi, quand, combien de fois, et ce qui risque de se présenter. À la séance suivante, notez si l'action a été faite en entier, en partie ou pas du tout, et ce qui s'est passé à ce moment-là. Une action non faite n'est pas un échec. C'est une information sur ce qui fait obstacle.

Le plus simple est de tenir en tête du dossier un fil qui reprend chaque action engagée sur une ligne.

  • S3, 2 sept.
    • Valeur (domaine). « Être un père présent » (famille)
    • Action engagée. Voir 30 minutes du match de son fils samedi.
    • Bilan à la séance suivante. Fait, resté 40 minutes. Pensée « je vais le payer demain » présente.
  • S3, 2 sept.
    • Valeur (domaine). « Garder mes amis » (amitiés)
    • Action engagée. Appeler Karim avant jeudi.
    • Bilan à la séance suivante. Pas fait. Peur qu'il demande pourquoi il ne vient plus.
  • S4, 16 sept.
    • Valeur (domaine). « Garder mes amis » (amitiés)
    • Action engagée. Écrire à Karim sans attendre de se sentir prêt.
    • Bilan à la séance suivante. Fait en partie, message envoyé deux jours plus tard.

Noter les exercices et les métaphores

L'ACT s'appuie beaucoup sur des exercices vécus et des métaphores. Le manuel de Jean-Louis Monestès et Matthieu Villatte en propose une annexe entière. Parmi les plus connues, on trouve les passagers dans le bus, le tir à la corde avec un monstre ou la boussole, qui représente les valeurs comme une direction. Dans la note, trois éléments suffisent.

  • Ce qui a été proposé. Le nom de l'exercice et sa durée, ou la métaphore.
  • La réaction du patient. Ce qu'il a vécu, ce qui a été difficile.
  • Les mots qu'il a repris. Quand un patient dit « le passager douleur veut toujours conduire », notez-le entre guillemets. Ces images deviennent un vocabulaire commun pour les séances suivantes.

Notez aussi les métaphores qui n'ont pas marché. Si vous travaillez avec la Matrice ACT, présentée en français notamment dans le guide clinique de B. Schoendorff, J. Grand et M.-F. Bolduc, notez ce que le patient a placé dans chaque zone, avec ses mots.

Les questionnaires de processus

Certains questionnaires mesurent les processus de l'ACT plutôt que les symptômes. Ils donnent un repère chiffré à comparer dans le temps. Ne recopiez pas les items dans la note. Notez le nom de l'outil, la version, la date, le score et le sens de lecture.

L'AAQ-II

L'Acceptance and Action Questionnaire II (Bond et collègues, 2011) est l'outil le plus utilisé. Il compte 7 items, cotés de 1 (« jamais vrai ») à 7 (« toujours vrai »). Un score plus élevé indique plus d'inflexibilité psychologique, donc plus d'évitement expérientiel. Une version française a été validée par Monestès, Villatte, Mouras, Loas et Bond en 2009. Les auteurs autorisent son usage en recherche et avec les patients sans demande préalable, sauf usage commercial.

Une limite à connaître. Tyndall et ses collègues (2019) ont montré que les scores de l'AAQ-II sont très liés à la dépression, à l'anxiété et au stress. Il mesurerait donc en partie la détresse plutôt que l'évitement. Lisez son évolution à côté de vos observations, jamais seule.

D'autres outils

  • Le CompACT (Francis, Dawson et Golijani-Moghaddam, 2016) couvre plusieurs processus en 23 items et trois sous-échelles (ouverture à l'expérience, conscience du comportement, action guidée par les valeurs).
  • Le Valued Living Questionnaire (Wilson et collègues, 2010) passe en revue 10 domaines de vie. Le patient note de 1 à 10 l'importance de chacun, puis la cohérence de ses actions de la semaine avec ce domaine. L'écart entre les deux se suit dans le temps.

La page de l'ACBS consacrée au Valued Living Questionnaire ne mentionne pas de traduction française. Pour ces deux outils, vérifiez qu'une version française validée existe avant de les utiliser, et précisez dans la note la version employée.

La trame prête à l'emploi

Elle tient sur une page. Supprimez les rubriques qui ne servent pas pour une séance donnée.

  1. En-tête. Date, numéro de séance, durée, cabinet ou visio, objectif du suivi en une ligne.
  2. Retour sur l'action engagée. Faite, en partie ou pas. Ce qui s'est présenté et ce que le patient en a fait.
  3. Ce que le patient apporte. Avec ses mots quand ils comptent.
  4. Processus travaillés. Un à trois, avec ce qui a bougé.
  5. Exercices et métaphores. Ce qui a été proposé, la réaction, les mots repris.
  6. Valeurs évoquées. Domaine et formulation du patient.
  7. Mesures. Questionnaire (nom, version, score, sens de lecture), crédibilité d'une pensée.
  8. Analyse du praticien. Hypothèses présentées comme telles. Point sur le risque si la question a été posée.
  9. Action engagée convenue. Quoi, quand, combien de fois, valeur reliée, obstacle attendu.
  10. Suite. Prochaine séance et ce qui sera repris.

Exemple rempli (patient fictif)

M. R., 41 ans, comptable, consulte pour une douleur lombaire chronique depuis trois ans et un retrait progressif de sa vie sociale. Son médecin traitant assure le suivi médical en parallèle.

  • En-tête. 30 septembre 2026, séance 5, 50 minutes, cabinet. Objectif du suivi, reprendre les activités qui comptent pour lui malgré la douleur.
  • Retour sur l'action engagée. Message à Karim envoyé deux jours après la date prévue. Dit avoir attendu « d'être sûr de ne pas avoir l'air pathétique ». Karim propose un café.
  • Ce que le patient apporte. Douleur plus forte cette semaine (7 sur 10). Répète « je suis un poids pour tout le monde ».
  • Processus travaillés. Défusion sur « je suis un poids », crédibilité 80 au début, 50 à la fin. Moment présent, 5 minutes sur les sensations du dos. Agité au début, puis décrit « ça tire à gauche, ça chauffe moins quand je souffle ».
  • Exercices et métaphores. Reprise des passagers dans le bus (séance 3). Dit spontanément « le passager douleur veut toujours conduire ».
  • Valeurs évoquées. Famille, « être un père présent ». Amitiés, « garder mes amis ».
  • Mesures. AAQ-II version française, 34 (39 en séance 1, plus haut signifie plus d'inflexibilité). À lire avec prudence, la douleur de la semaine pèse aussi.
  • Analyse du praticien. Hypothèse, attendre de « se sentir prêt » fonctionne comme un évitement dans le domaine amitiés. Progrès net côté famille (actions faites deux semaines de suite). Question posée sur les idées de mort, répond ne pas en avoir.
  • Action engagée convenue. Prendre le café avec Karim d'ici le 10 octobre, sans attendre que la douleur baisse. Si la pensée « je vais avoir l'air pathétique » arrive, la nommer et y aller quand même. Valeur reliée, « garder mes amis ».
  • Suite. Séance le 14 octobre. Reprendre le café avec Karim. Introduire le soi comme contexte autour de l'histoire « je suis un poids ».

Les erreurs fréquentes

  • Noter une valeur comme un objectif. « Perdre 5 kilos » est un objectif. Demandez au patient ce que cet objectif lui permettrait de vivre, et notez sa réponse.
  • Écrire « tâche non faite » sans rien d'autre. Ce qui compte, c'est ce qui s'est présenté au moment d'agir.
  • Oublier le risque. L'approche ne change rien à l'évaluation du risque suicidaire. La question posée, la réponse et la décision vont dans la note.
  • Écrire les valeurs d'une façon qui gênerait le patient. En France, en Belgique comme en Suisse, le patient peut en principe demander à lire son dossier. Gardez ses mots, sans commentaire sur sa vie intime. Voyez notre article sur l'accès du patient à son dossier.

Comment fonctionne Delta

Delta est un assistant IA pour les professionnels de santé mentale et les praticiens paramédicaux. Pendant la séance, Delta retranscrit ce qui se dit, puis prépare un compte rendu que vous relisez et corrigez. Vous pouvez aussi dicter vos observations juste après la séance. Delta tient compte de votre spécialité et de votre approche thérapeutique. En ACT, le compte rendu s'organise donc autour de ce qui compte dans cette approche, et le dossier fait ressortir l'évolution du patient au fil des séances, par exemple ses actions engagées et ce qu'il en est advenu. Delta rédige aussi vos comptes rendus de bilan, courriers et attestations.

Les données sont hébergées en France, chez un hébergeur certifié pour les données de santé (HDS). Le traitement par l'IA, transcription comprise, s'effectue sur des serveurs situés en France. Le nom du patient et les informations identifiantes sont pseudonymisés avant le passage par l'IA, aucun fichier audio n'est conservé, les données ne servent jamais à entraîner des modèles, et elles sont chiffrées en transit et au repos. Pour l'information du patient, voyez notre article sur le consentement à la prise de notes par IA. D'autres trames sont dans nos modèles de documents cliniques, dont la note de séance en thérapie de pleine conscience.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui distingue une note de séance ACT d'une note TCC ?

La note TCC suit surtout la baisse des symptômes et le contenu des pensées. La note ACT suit la façon dont le patient vit ses pensées et ses émotions, et ce qu'il fait pour ses valeurs. On y note la crédibilité d'une pensée plutôt que sa véracité, et une action engagée reliée à une valeur plutôt qu'une tâche technique.

Comment noter une valeur sans la transformer en objectif ?

Notez les mots du patient et le domaine de vie, sous forme de direction (« être un ami fidèle »). Un objectif se coche (« revoir Paul »). Si le patient donne un objectif, demandez-lui ce qu'il lui permettrait de vivre.

L'AAQ-II suffit-il pour mesurer les progrès en ACT ?

Non. C'est l'outil le plus utilisé et il existe en version française validée, mais ses scores sont très liés à la détresse générale. Utilisez-le comme un repère parmi d'autres, à côté de vos observations et du fil des actions engagées.

Que faire si je mélange ACT et TCC dans un même suivi ?

Gardez une seule note par séance avec les rubriques utiles de chaque approche. Une exposition peut être notée avec le niveau d'anxiété, comme en TCC, et avec la valeur qu'elle sert, comme en ACT. L'important est que la même structure revienne à chaque séance.

L'ACT est-elle une approche validée ?

La Society of Clinical Psychology (division 12 de l'American Psychological Association) classe l'ACT dans la douleur chronique comme ayant un « fort soutien de la recherche », selon ses critères de 1998. Le niveau de preuve varie selon les troubles. Pour un trouble précis, regardez les synthèses récentes.

Sources

Politique relative aux cookies