Notes de séance en Gestalt-thérapie : quoi noter et modèle
Ce qu'une note de séance en Gestalt-thérapie suit (émergence, contact, émotions, expérimentations, thèmes inachevés), un modèle pour le premier entretien et le suivi, et le cadre en France.
Pays concernés : Belgique, Suisse, France
La Gestalt-thérapie est une psychothérapie d'inspiration humaniste, née en 1951 des travaux de Fritz Perls, Laura Perls et Paul Goodman, qui s'intéresse au contact, c'est-à-dire à la manière dont une personne entre en relation avec les autres et avec son environnement dans l'expérience en cours. Une note de séance en Gestalt-thérapie est le document court que le praticien rédige après chaque rencontre pour garder trace de ce qui a émergé, de la façon dont le contact s'est fait, de ce qui a été proposé et de ce qui reste à reprendre.
Cet article, écrit pour les praticiens de France, de Belgique et de Suisse, propose six repères, un modèle pour le premier entretien et le suivi, et un point sur le cadre en France.
Pourquoi une note propre à la Gestalt-thérapie
Selon la Société Française de Gestalt (SFG), l'originalité de l'approche tient à l'accent mis sur le « contact » et sur la manière dont la personne entre en relation avec autrui, plutôt que sur sa structure, ses conflits intrapsychiques ou ses schémas cognitifs. Le travail se centre sur le processus de l'expérience en cours, « ici, maintenant et ensuite », et sur ce qui apparaît au premier plan, « la forme se détachant du fond ». La SFG cite aussi la phénoménologie parmi les influences de l'approche.
Si vous écrivez seulement « parle de son conflit avec sa sœur », vous perdez l'essentiel : comment elle en a parlé, ce qui s'est passé dans son corps, ce qui a changé quand vous avez proposé quelque chose. Une bonne note gestaltiste décrit plus qu'elle n'interprète.
Ce que la note gestaltiste suit en pratique
Ces six repères reprennent des notions présentées par la SFG et par le programme de formation du Centre Pierre Janet (Université de Lorraine), qui mentionne les « schèmes de contact et relationnels », la « Gestalt inachevée », les « résonances du thérapeute » et l'expérimentation.
1. Ce qui émerge dans l'ici et maintenant
Notez le thème qui s'est imposé au premier plan, même s'il n'était pas prévu. Une ou deux phrases suffisent, avec les mots du patient si possible.
2. Le contact et ses interruptions
Décrivez comment la personne est entrée en relation avec vous et avec son sujet : regard, rythme, distance, moments où le contact se fait et moments où il se suspend. Restez descriptif. « Change de sujet chaque fois que sa mère est évoquée » est plus utile qu'un terme théorique posé trop tôt.
3. Les sensations et émotions nommées par le patient
La SFG rappelle que le thérapeute aide la personne à « reconnaître et accueillir ses sensations et émotions ». Dans la note, distinguez ce que le patient a nommé lui-même (« j'ai la gorge serrée », « je suis en colère ») de ce que vous avez observé (voix qui baisse, mains qui se serrent).
4. Ce que vous vivez dans la relation
En Gestalt-thérapie, le thérapeute fait partie de la situation. La SFG écrit qu'il « informe le consultant de son expérience ». Notez brièvement vos propres résonances : ennui, émotion, envie de protéger, tension. Précisez si vous les avez partagées et ce que cela a produit.
5. Les expérimentations proposées et ce qu'elles ont ouvert
Quand vous proposez une expérimentation (amplifier un geste, changer de place, répéter lentement une phrase, adresser quelques mots à une personne absente), notez trois choses : ce que vous avez proposé, comment la personne l'a accueilli, et ce qui s'est ouvert ou fermé ensuite. Une expérimentation refusée est aussi une information utile.
6. Les thèmes inachevés à reprendre
Terminez par ce qui reste ouvert : une émotion apparue en fin de séance, un sujet évité, une situation que le patient décrit comme non terminée. Ces lignes préparent la séance suivante sans imposer le thème.
Dossier du patient ou notes de travail personnelles
Nous conseillons de séparer deux écrits.
- Le dossier du patient : les informations utiles au suivi. Demande, cadre, dates, synthèse du travail, objectifs, orientation éventuelle. Écrivez-le de façon factuelle, comme si le patient pouvait le lire.
- Les notes de travail personnelles : vos hypothèses, vos résonances, vos questions pour la supervision. Elles servent votre réflexion. La charte déontologique de la SFG demande au gestalt-thérapeute de se maintenir « tout au long de sa pratique » dans un système de supervision.
Cette même charte (version adoptée en assemblée générale le 19 mars 2016) prévoit que les notes prises par le gestalt-thérapeute sont couvertes par la règle de stricte confidentialité, et qu'elles devront être détruites en cas de cessation d'activité. Les règles légales sur chaque écrit (accès, conservation, transmission) dépendent de votre statut et de votre pays. Renseignez-vous auprès de votre fédération. Pour préparer la supervision à partir de vos notes, lisez notre article sur les notes de supervision.
Modèle de note de séance en Gestalt-thérapie
Remplissez seulement les rubriques utiles.
Premier entretien
- Cadre : date, durée, format (individuel, couple, groupe), en cabinet ou à distance.
- Demande : telle que la personne la formule, avec ses mots.
- Contexte : situation de vie en quelques lignes, suivi médical ou psychologique en cours, traitements signalés par le patient.
- Ce qui a émergé : le thème qui s'est imposé au premier plan pendant l'entretien.
- Contact : façon d'entrer en relation, rythme, moments où le contact se fait ou se suspend.
- Sensations et émotions : celles nommées par le patient (citées) et ce que vous avez observé (décrit).
- Ce que j'ai vécu dans la relation : une ligne, ou un renvoi à vos notes de travail.
- Cadre posé : fréquence, durée, tarif, règles d'annulation, confidentialité et ses limites, accord du patient sur la prise de notes.
- Orientation : avis médical à demander si besoin.
- Thèmes ouverts : ce qui reste à explorer et première intention de travail.
Séance de suivi
- Repères : date, numéro de séance, durée.
- À l'arrivée : ce que la personne apporte, ce qui a bougé depuis la dernière séance.
- Ce qui a émergé ici et maintenant : le thème au premier plan.
- Contact et interruptions : ce qui s'est noué, évité ou suspendu.
- Sensations et émotions nommées : avec les mots du patient.
- Expérimentation : ce qui a été proposé, comment cela a été reçu, ce que cela a ouvert.
- Ce que j'ai vécu dans la relation : et ce que j'en ai partagé.
- Fin de séance : comment la personne repart.
- Thèmes inachevés : à reprendre, et questions pour la supervision.
Exemple fictif pour la ligne « Expérimentation » : « Proposé de répéter lentement la phrase “je n'en peux plus” en restant attentive à ce qui se passe dans le corps. Épaules qui se relâchent, larmes, puis “c'est la première fois que je me l'autorise”. À reprendre. » Pour d'autres trames, consultez nos modèles de documents cliniques et notre modèle général de note de séance.
Le cadre en France : titre, secret, données de santé
Le titre de psychothérapeute
Le décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 porte sur l'usage du titre de psychothérapeute. Son article 1 prévoit : « L'inscription sur le registre national des psychothérapeutes mentionné à l'article 52 de la loi du 9 août 2004 susvisée est subordonnée à la validation d'une formation en psychopathologie clinique de 400 heures minimum et d'un stage pratique d'une durée minimale correspondant à cinq mois effectué dans les conditions prévues à l'article 4. »
Ce décret encadre le titre de psychothérapeute. Il ne parle pas de la Gestalt-thérapie comme méthode. Si vous n'êtes pas inscrit sur le registre national des psychothérapeutes, nous conseillons de ne pas employer ce titre dans vos notes, vos courriers et votre communication. En Belgique et en Suisse, renseignez-vous auprès de votre fédération.
Le secret
L'article 226-13 du Code pénal prévoit que « la révélation d'une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d'une fonction ou d'une mission temporaire, est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende ». Le texte vise les personnes dépositaires d'un secret « par état ou par profession ». Il ne dit pas lui-même si chaque Gestalt-thérapeute est concerné. Nous conseillons de vous comporter comme tenu au secret pour tout ce que contiennent vos notes. C'est aussi l'esprit de la charte de la SFG, qui demande au praticien « une discrétion absolue concernant tout ce qu'il a pu entendre, voir ou comprendre ». Notre article sur le secret professionnel et l'IA détaille ce point pour les outils numériques.
Les données de santé
Vos notes contiennent des données concernant la santé, parfois aussi la vie sexuelle ou les convictions de la personne. L'article 9 du RGPD pose un principe : le traitement de ces données est interdit. Il prévoit ensuite des exceptions, dont la prise en charge sanitaire ou sociale (article 9.2 h), lorsque les données sont traitées par un professionnel de la santé soumis à une obligation de secret, sous sa responsabilité, ou par une autre personne également soumise à une obligation de secret (article 9.3). Le RGPD s'applique en France et en Belgique ; en Suisse, vérifiez la loi applicable. Nous conseillons de limiter la note à ce qui sert le suivi, de protéger l'accès à vos fichiers et de choisir un hébergement adapté aux données de santé.
Comment Delta peut vous aider
Delta est l'assistant clinique des professionnels de santé mentale et du paramédical. Vous choisissez comment prendre vos notes. Pendant la séance, Delta transcrit ce qui se dit. Après la séance, vous dictez vos observations. Vous pouvez aussi ajouter des notes écrites, par exemple sur vos résonances.
Delta génère ensuite le compte rendu de séance : un résumé court, un résumé détaillé et des sujets pour la prochaine séance. Il tient compte de votre profession et de votre approche, et met à jour le dossier du patient (synthèse du suivi, objectifs suivis). Delta rédige aussi les courriers, attestations et bilans, adaptés à votre profession.
Les données sont hébergées en France chez un hébergeur certifié HDS, et le traitement IA se fait en France. Le nom du patient et les informations identifiantes sont pseudonymisés avant l'IA. Aucun fichier audio n'est conservé. L'audio sert seulement pendant la séance à produire la transcription. Les données ne sont jamais utilisées pour entraîner un modèle, et elles sont chiffrées en transit et au repos.
Delta structure ce qui a été dit et dicté. Nous conseillons de relire et de corriger chaque compte rendu avant de le garder dans le dossier. Vous pouvez l'essayer 14 jours sans carte bancaire.
Sources
- Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l'usage du titre de psychothérapeute, article 1 (Légifrance, en vigueur depuis le 1er juillet 2010).
- Code pénal, article 226-13 (Légifrance, en vigueur depuis le 1er janvier 2002).
- RGPD, article 9, traitement des catégories particulières de données (CNIL).
- Société Française de Gestalt, page « Définition Gestalt » et Charte déontologique (version adoptée en assemblée générale le 19 mars 2016).
- Université de Lorraine, Centre Pierre Janet, programme de formation « Initiation à la Gestalt Thérapie Contemporaine niv.1 ».
Faut-il l'accord du patient pour utiliser une IA de prise de notes en Gestalt-thérapie ?
Nous conseillons d'informer le patient clairement avant toute transcription, de lui expliquer ce qui est fait des données et de recueillir son accord. S'il refuse, vous pouvez dicter vos observations après la séance. Notre article sur le consentement à la prise de notes par IA propose une formulation simple.
Mes notes pour la supervision doivent-elles aller dans le dossier du patient ?
Nous conseillons de les garder à part. Vos hypothèses et résonances relèvent plutôt de vos notes de travail. Avant d'en parler en supervision, retirez ce qui permet d'identifier la personne. Pour la méthode, voyez notre article sur les notes de supervision.
Combien de temps conserver mes notes de séance ?
La durée dépend de votre statut, de votre pays et du type d'écrit. La charte de la SFG prévoit que les notes du gestalt-thérapeute soient détruites en cas de cessation d'activité. Pour les repères légaux connus, consultez notre article sur la durée de conservation du dossier patient, et vérifiez auprès de votre fédération.
Une IA peut-elle comprendre une approche phénoménologique comme la Gestalt-thérapie ?
Pas au sens où vous l'entendez en séance. Une IA ne perçoit pas le contact, la présence ou ce qui se passe entre vous et le patient. Elle structure ce qui a été dit pendant la séance et ce que vous dictez après. Le sens clinique reste au thérapeute. C'est pourquoi nous conseillons de dicter vos observations sur le contact et vos résonances, puis de relire chaque compte rendu.
Quelle longueur pour une note de séance en Gestalt-thérapie ?
Il n'existe pas de longueur imposée. Nous conseillons quelques lignes par rubrique utile, plutôt qu'un récit complet. Une note courte et descriptive se relit vite avant la séance suivante.
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