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Supervision et intervision du psychologue : préparer un cas et prendre ses notes

Supervision, intervision, analyse de la pratique : ce que dit le code de déontologie, comment anonymiser un cas, quoi noter après, et une fiche de préparation à recopier.

Pays concernés : Belgique, Suisse, France

La supervision est un temps d'échange régulier où un psychologue présente des situations cliniques à un praticien plus expérimenté pour réfléchir à sa pratique, en protégeant l'identité des patients.

Voici ce qui la distingue de l'intervision, ce que dit le code de déontologie, et comment préparer puis noter un cas sans exposer la personne.

Supervision, intervision, analyse de la pratique : les différences

Ces trois formats servent à prendre du recul sur sa pratique. Les définitions ci-dessous reprennent l'usage courant, car aucun texte officiel ne les fixe.

La supervision

Vous choisissez un superviseur, en général un psychologue ou un psychothérapeute expérimenté dans votre approche. Les séances sont régulières, individuelles ou en petit groupe. On y travaille des cas précis, ce qu'ils vous font vivre et vos choix d'intervention. La responsabilité clinique reste la vôtre.

L'intervision

L'intervision réunit des collègues de même niveau, sans animateur désigné ou avec une animation tournante. Chacun présente à tour de rôle une situation, les autres posent des questions et proposent des pistes. Elle aide à rompre l'isolement en libéral, mais manque parfois de regard extérieur.

L'analyse de la pratique

L'analyse de la pratique, souvent appelée APP, est un travail de groupe animé par un intervenant extérieur à l'équipe. On la rencontre surtout en institution. Elle porte sur les situations professionnelles et le fonctionnement collectif plus que sur le détail clinique d'un patient.

Les mêmes règles de secret s'appliquent aux trois. Nous conseillons une anonymisation d'autant plus poussée que le groupe est large.

Ce que dit le code de déontologie des psychologues

Le code de déontologie des psychologues a été actualisé en 2021 et signé le 5 juin 2021 par 21 organisations réunies dans le CERéDéPsy. Il n'emploie pas les mots supervision ou intervision, seul l'article 41 parle de ceux qui « supervisent ». Plusieurs articles encadrent pourtant ce travail.

  • Article 7. Le psychologue est tenu au secret professionnel dans les conditions du code pénal (articles 226-13 et 226-14). Ce secret « couvre tout ce dont la·le psychologue a connaissance dans l'exercice de sa profession ».
  • Article 8. Dans un échange entre professionnels portant sur des personnes ou des situations, le psychologue « partage uniquement les informations strictement nécessaires à la finalité professionnelle ». En tenant compte du contexte, il s'efforce d'informer au préalable les personnes concernées de sa participation à ces échanges.
  • Article 17. Quand une situation peut porter atteinte à l'intégrité psychique ou physique de la personne qui consulte ou d'un tiers, le psychologue « peut éclairer sa décision en prenant conseil, notamment auprès de confrères ou consœurs expérimenté·e·s ».
  • Article 20. « La pratique de la·du psychologue est indissociable d'une réflexion critique portant sur ses choix d'intervention. »
  • Article 23. Le psychologue recueille, classe et archive ses notes personnelles de manière à préserver la vie privée des personnes. Quand ces données servent à une publication ou une communication, « elles sont impérativement traitées dans le respect absolu de l'anonymat ».
  • Article 38. Dans le titre consacré à la formation des psychologues, il précise que « les présentations de cas veillent au respect de la dignité et de l'intégrité des personnes concernées. »
  • Article 41. Ceux qui « encadrent ou supervisent les pratiques professionnelles et les stages » veillent au respect du code, en particulier la confidentialité, le secret professionnel et le consentement éclairé.

Ce code n'a pas de valeur réglementaire à ce jour. Selon le CERéDéPsy, son usage est toutefois reconnu par les juges et les avocats via la jurisprudence.

En pratique, ne partagez que ce qui sert la question, présentez le cas de façon anonyme et dites à vos patients, quand le contexte le permet, que vous travaillez en supervision.

Préparer un cas avec une fiche anonymisée

Nous conseillons une fiche d'une page. Elle vous oblige à formuler votre question et évite d'apporter le dossier du patient.

  • Écrivez d'abord ce que vous attendez de la supervision, en une ou deux phrases.
  • Relisez vos notes de séance et choisissez seulement les éléments qui éclairent cette question.
  • Retirez tout ce qui identifie la personne, puis tout ce qui pourrait la faire reconnaître par recoupement.
  • Après la séance, détruisez la fiche ou rangez-la avec vos notes de supervision, jamais dans un dossier partagé.

Remplacer le prénom par une initiale ne suffit pas. La CNIL distingue la pseudonymisation, qui remplace les identifiants directs et reste réversible, de l'anonymisation, qui rend toute identification impossible en pratique, de façon irréversible. Pour une présentation de cas, visez la seconde.

Tester l'anonymisation avant la séance

La CNIL reprend trois critères, fixés par les autorités européennes de protection des données, pour juger qu'un ensemble de données est anonyme. On peut les transposer à une fiche de supervision.

  • Isoler. Pourrait-on désigner une seule personne à partir de la fiche ? Un métier rare dans une petite ville suffit parfois.
  • Relier. Pourrait-on rapprocher la fiche d'une autre source, par exemple un fait divers, un réseau social ou ce qu'un collègue sait déjà ?
  • Déduire. Pourrait-on deviner de façon quasi certaine une information sur la personne, même sans son nom ?

Relisez ensuite la fiche avec ces questions concrètes.

  • Le nom, le prénom, les initiales et les surnoms ont-ils disparu ?
  • L'âge et les dates sont-ils approximatifs, par exemple « la quarantaine » ou « depuis six mois » ?
  • La profession est-elle décrite par un secteur plutôt que par un poste précis ?
  • La ville, le quartier, l'employeur et l'école des enfants ont-ils disparu ?
  • Un événement rare ou médiatisé permettrait-il de reconnaître la personne ?
  • Votre superviseur ou un membre du groupe pourrait-il connaître la personne ?

Si la réponse à la dernière question est oui, présentez un autre cas. Quand vous modifiez un détail, gardez ce qui compte pour la clinique et changez seulement l'habillage.

En intervision dans une même ville, soyez plus strict encore, car les participants partagent souvent les mêmes réseaux.

Modèle de fiche de préparation

Voici une trame à recopier. Chaque rubrique tient en quelques lignes.

1. Code du cas et date

Un code qui ne renvoie à rien d'identifiant, par exemple « cas B, deuxième présentation », et la date de la supervision.

2. La question pour la supervision

Ce que vous voulez travailler, en une ou deux phrases. Par exemple « je ne sais pas si je dois proposer des séances plus rapprochées » ou « je me sens en difficulté quand la personne évoque son père ».

3. Le cadre du suivi

Depuis quand, à quel rythme, en cabinet ou à distance, qui a orienté la personne.

4. La personne, en quelques traits

Tranche d'âge, situation familiale et professionnelle en termes généraux, motif de la demande.

5. Ce qui s'est passé en séance

Les faits observés et les moments clés, sans citation qui pourrait identifier la personne. Séparez ce qui a été dit de ce que vous en pensez.

6. Vos hypothèses et ce que vous avez tenté

Votre lecture de la situation, les interventions faites et leur effet. Présentez les hypothèses comme des pistes, pas comme des certitudes.

7. Ce que la situation vous fait vivre

Gêne, fatigue, envie de protéger, agacement. Cette rubrique n'a pas sa place dans le dossier du patient.

8. Points de vigilance

Un risque pour la personne ou un tiers, une question de cadre, une limite de compétence. Si c'est urgent, demandez conseil sans attendre, comme le permet l'article 17.

9. Contrôle d'anonymisation

Une case à cocher avant de partir. Fiche relue avec les questions ci-dessus, aucun élément identifiant, aucun document du dossier joint.

10. Après la séance

Les pistes retenues et ce que vous ferez à la prochaine séance.

Ce que vous notez après la supervision

Juste après la séance, notez l'essentiel dans un carnet de supervision distinct du dossier patient. Notez-y la date, le code du cas, la question, les pistes proposées et ce que vous décidez d'essayer, sans élément identifiant.

Dans le dossier du patient, restez sobre. Une ligne peut suffire, par exemple « situation reprise en supervision, rythme des séances à rediscuter avec la personne ». N'y reportez ni vos ressentis personnels ni les hypothèses du superviseur rédigées comme des conclusions. Gardez en tête que le patient peut demander à accéder à ce qui le concerne.

Faites le lien à la séance suivante. Si une piste a été retenue, notez dans votre note de séance ce que vous avez proposé et comment la personne a réagi.

Ce que le superviseur garde

Le superviseur prend lui aussi des notes pour suivre le travail. Elles portent sur le supervisé et les situations présentées, pas sur l'identité des patients.

  • La date de chaque séance et les cas présentés, sous leur code.
  • Les questions travaillées et les pistes proposées.
  • Les points de vigilance soulevés, par exemple une recommandation de demander un autre avis ou d'orienter.

Si le superviseur est psychologue, il est lui aussi tenu au secret professionnel (article 7), et l'article 41 lui demande de veiller au respect du code. Nous conseillons qu'il ne garde pas les fiches du supervisé et qu'il range ses notes de façon sécurisée. Le code demande déjà au psychologue de conserver ses notes de manière à préserver la vie privée des personnes (article 23).

Il est utile de convenir dès le début de ce qui est noté et de la durée de conservation.

Préparer la supervision à partir de vos notes de séance

Une bonne fiche part de notes de séance claires.

Delta est l'assistant clinique des professionnels de santé mentale et du paramédical. Pendant la séance, Delta transcrit ce qui se dit, avec l'accord du patient. Vous pouvez aussi dicter vos observations après la séance, ou ajouter des notes écrites. Delta génère le compte rendu de séance et met à jour le dossier du patient, avec une synthèse du suivi et les objectifs suivis. Vous retrouvez ainsi tout le suivi et son évolution au même endroit, ce qui aide à choisir les éléments à présenter.

La fiche de supervision reste à rédiger par vous. Delta pseudonymise le nom du patient et les informations identifiantes avant l'IA, mais une présentation de cas demande une anonymisation complète, que vous seul pouvez vérifier.

Les données de Delta sont hébergées en France chez un hébergeur certifié HDS, aucun fichier audio n'est conservé et les données ne servent jamais à entraîner un modèle. L'essai dure 14 jours sans carte bancaire, puis l'abonnement coûte 29 € par mois TTC en engagement annuel ou 35 € par mois TTC en mensuel.

À lire aussi

La supervision est-elle obligatoire pour un psychologue ?

En France, le code de déontologie de 2021 n'emploie pas le mot et ne contient aucune obligation de supervision. Il affirme en revanche que la pratique est indissociable d'une réflexion critique sur ses choix d'intervention (article 20). La supervision et l'intervision sont deux façons courantes de nourrir cette réflexion.

Faut-il prévenir le patient qu'on parle de lui en supervision ?

L'article 8 demande au psychologue de s'efforcer d'informer au préalable les personnes concernées, en tenant compte du contexte. Nous conseillons d'en parler dès le premier entretien. Vous pouvez expliquer que vous travaillez en supervision et que les situations y sont présentées de façon anonyme.

Peut-on parler d'un patient en supervision sans rompre le secret professionnel ?

Le code ne parle pas directement de la supervision. Il limite les échanges entre professionnels aux informations strictement nécessaires (article 8) et impose l'anonymat quand des données servent à une publication ou une communication (article 23). Une présentation anonymisée et centrée sur votre question reste donc la façon la plus prudente de travailler.

Quelle différence entre supervision et intervision ?

En supervision, vous présentez vos cas à un praticien plus expérimenté que vous avez choisi. En intervision, des collègues de même niveau s'aident mutuellement, sans hiérarchie. Les règles de secret et d'anonymat sont les mêmes dans les deux cas.

Que noter dans le dossier patient après une supervision ?

Nous conseillons d'y noter le moins possible. Une ligne qui indique que la situation a été reprise et ce que vous proposez pour la suite peut suffire. Vos ressentis et l'analyse détaillée vont dans votre carnet de supervision, séparé et sans élément identifiant.

Peut-on utiliser une IA pour préparer sa fiche de supervision ?

Nous déconseillons de coller dans une IA grand public vos notes, un extrait du dossier ou la fiche de cas, même anonymisée. Une anonymisation vraiment complète est difficile à garantir, et une seule erreur suffit. Une IA peut en revanche vous aider sur la forme, par exemple pour formuler votre question sans aucun détail sur la personne. Notre article sur ChatGPT et les psychologues détaille les risques.

Sources

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